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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
La 5 e armée reçut l’ordre de se décrocher pour se replierderrière la Serre, et de diriger un corps d’armée sur Paris, partie par chemin de fer, partie par route.
Le détachement d’armée Foch, après une journée trèsdure, avait passé dans la soirée sur la rive gauche de l’Aisne, ses avant-gardes restant seules sur la rive droite.
Au début de l’après-midi du 30, comme je l’avais résolu,je me rendis à Yarennes pour voir le général Ruffey; jele trouvai dans un état qui me prouva que tout ce qu’onm’en avait dit était l’expression de la vérité : il était trèsénervé et se répandait en propos amers contre la plupartde ses subordonnés, tout spécialement contre le général deLartigue et surtout contre le général de Trentinian qui,disait-il, avait fait massacrer sa division à Elhe, perduune partie de son artillerie et montrait une absolue nul-lité comme commandant de division. Si grande était l’exal-tation du commandant de la 3 e armée que je sentais qu’onne pouvait plus faire fond sur ses appréciations. C’estainsi qu’après avoir, le jour précédent, prétexté que le4 e corps lui était indispensable pour parer à des menacesimminentes d’attaque, il déclarait maintenant que l’en-nemi ne témoignait plus aucune activité, et que le 4° corpsallait être reporté en avant.
Dans ces conditions, je jugeai imprudent de laisser pluslongtemps au général Ruffey le commandement de sonarmée et je lui signifiai qu’il eut à le passer au généralSarrail (1). En même temps, j’avisai le général Grossettique je lui confiais le commandement de la 42 e division,qu’il rejoindrait aussitôt que le colonel Leboucq aurait prisses fonctions de chef d’état-major.
En quittant Varennes, je me rendis à Monthois poury voir le général de Langle. Autant j’avais été mal impres-sionné par l’état d’esprit du commandant de la 3° armée,autant je le fus heureusement par le calme, la pondération,la maîtrise de soi et la ferme attitude du commandant
(1) Le général Ruffey accepta sans regrets apparents cette déci-sion. Il dîna le soir même à ma table, à Vitry-le-François.