PRÉPARATION DE LA BATAILLE DE LA MARNE 355
Dans ces conditions, il me parut que la continuation del’offensive de la 4® armée pourrait avoir comme conséquencede créer entre cette armée et le détachement Foch un hiatusanalogue à celui que le recul anglais venait de produire àl’aile gauche de la 5 e armée. Aussi, je décidai, dans la soirée,de rompre le combat à la 3 e et à la 4 e armée, et je leur pres-crivis de se retirer sur la ligne Reims -Vouziers. C’étaiten somme l’amorce du mouvement général de recul denotre front auquel je m’étais décidé la veille.
D’autres inquiétudes m’arrivèrent ce jour-là, venantde l’intérieur. M. Messimy, qui venait de recevoir un com-mandement sur le front, passa au grand quartier général etdéjeuna avec moi. Il m’apporta l’écho de ce qui se passaità Paris : les évacuations, l’annonce du départ du gouver-nement y avaient provoqué une vague de pessimisme ; ausein même du gouvernement certains songeaient, dit-on,à faire la paix à tout prix. Aussi, profitant de ce que desretraits de troupes allemandes de notre front pouvaientlaisser espérer une accalmie, je télégraphiai au ministrede la Guerre qu’en raison de la situation, le départ dugouvernement pour Bordeaux me paraissait pouvoir êtreremis au moins jusqu’au 2 septembre. J’espérais ainsiapporter un peu de calme et d’espérance dans les sphèresparisiennes.
1 er septembre. — Les renseignements que nous avionsreçus le 30 sur le passage de l’Oise en amont de Compiègne par des forces allemandes, avaient été communiqués augénéral Maunoury. Celui-ci avait cru devoir en conclureque la I re armée allemande précédée de divisions de cava-lerie s’orientait vers l’Est, délaissant la direction deParis , et qu’elle se contenterait de masquer la 6® arméeavec une partie de ses forces débouchant de la régionSaint-Just-Montdidier . Avec une justesse de vues qui luifaisait le plus grand honneur, Maunoury avait com-pris le risque que courait la 5 e armée, et jugeant que sonarmée, bien qu’à peine constituée, avait un rôle im-portant à remplir, il m’offrait d’attaquer dès le 1 er sep-