354
MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
peraient leurs positions actuelles qui étaient l’une et l’autreà une forte étape en avant de la ligne indiquée par lemaréchal French. » Si ces deux armées françaises battaienten retraite, l’armée anglaise suivrait le mouvement : ellene pourra se porter en avant que lorsqu’elle aura été recons-tituée et réorganisée.
Certes, ce n’était point là la réponse que je souhaitais ;ce retrait systématique de la ligne anglaise d’une étape enarrière découvrait le flanc gauche de notre 5 e armée. Or,un radio allemand capté dans la matinée nous avait faitconnaître qu’un corps de cavalerie allemand avait réussià franchir l’Oise au pont de Bailly laissé intact par ledétachement anglais chargé de le détruire. Cette masse decavalerie était signalée marchant vers Soissons, c’est-à-dire, sur les derrières de la 5 e armée, et elle paraissait suiviepar deux corps d’armée. Nous avions demandé aux Anglais d’intervenir contre cette manoeuvre qui risquait de trans-former en désastre le repli de la 5 e armée, en lui coupantses communications. On a vu quelle fin de non-recevoirm’avait opposé le maréchal dans la soirée. Aussi fus-jefort inquiet sur le sort de Lanrezac jusqu’au moment oùj’appris que, grâce aux précautions prises par lui, la cava-lerie allemande était maintenue en dehors de la zone demarche de nos colonnes.
Pendant que j’étais ainsi préoccupé de la situation dela 5 e armée, je fus amené à prendre une décision importanteconcernant nos forces du centre. On se rappelle que, laveille, j’avais autorisé sur place le général de Langle à at-taquer l’ennemi dans la journée du 31. Son action devaitse combiner avec une offensive de la 3 e armée et du dé-tachement Foch, à cheval sur l’Aisne . Or, tandis que la4 e armée se déclarait prête à recommencer son attaquele lendemain, le général Foch dont j’avais sollicité l’opi-nion personnelle me faisait connaître que, fortement pressé,il aurait du mal à tenir en face de l’ennemi qui lui étaitopposé, en raison de la nature du champ de bataille deChampagne sans point d’appui sérieux, de la fatigue deses troupes et de la faible densité de l’artillerie du 9 e corps.