368 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Précisément, en ce qui concerne la capitale, diversesinformations intéressantes me parvinrent dans le courantde l’après-midi du 2 septembre.
Tout d’abord, le Gouvernement avait pris la décisionde quitter Paris, et d’aller s’installer à Bordeaux . D’autrepart, je reçus, vers minuit, une lettre du Gouverneur deParis dans laquelle il me rappelait avec une particulièreinsistance que la capitale serait dans l’impossibilité absoluede résister, si la garnison n’était pas renforcée par troiscorps d’armée actifs au moins. Je le savais : ni les fortsqui dataient du temps où j’étais lieutenant de génie, niles abatis faits à la hâte n’étaient capables d’arrêterl’ennemi. Mais ce n’était pas de cette manière que j’envi-sageais la défense de la ville ; c’était par une coopérationactive de la défense mobile aux opérations générales, endirection de Meaux , comme je l’avais prescrit, c’est-à-direpar une action d’ensemble contre l’aile extérieure de l’en-nemi. C’était très différent de la conception que semblaitavoir le général Galliéni.
Au sujet de Galliéni, je tiens à dire ici le très grandrespect que j’ai gardé pour sa mémoire. Avec sa grandedroiture de soldat intègre, il a été pour moi pendanttoute cette tragique période un collaborateur dévoué etclairvoyant, comme en témoigne notre correspondance del’époque.
Pour compléter le récit de cette journée du 2 septembre,je dois encore mentionner qu’elle nous apporta du minis-tère des Affaires étrangères une nouvelle que nous re-doutions depuis deux jours : en Prusse orientale, lesRusses avaient subi un échec grave que le grand quartiergénéral russe semblait vouloir masquer autant qu’il pou-vait. Par contre, nous apprenions avec satisfaction qu’enGalicie on signalait une grande victoire remportée parles Alliés sur les Autrichiens.
Sur le front de Serbie , on annonçait que le grand quartiergénéral serbe avait décidé, à la suite de la victoire qu’ilvenait de remporter sur les pentes du Tser, de prendrel’offensive en Syrmie dans les premiers jours de septembre.