PRÉPARATION DE LA BATAILLE DE LA MARNE 367
Après mûre réflexion, je trouvai que l’avis de Belinétait sage : il fallait avant tout durer. D’ailleurs, l’étatde nos troupes signalé par les commandants d’armée étaitfait pour m’incliner vers cette solution : nous venionsd’apprendre que les colonnes des III e , IV e et V e arméesallemandes étaient en marche vers le sud, partant dela région de Rethel. Leur masse, d’au moins une douzainede corps d’armée, allait vraisemblablement se heurter d’icipeu aux corps fatigués de Foch, de Langle et de Sarrail.Ceux-ci se trouveraient dans une situation numérique trèsinférieure. Ëtait-ce un ensemble de conditions favorablespour livrer la bataille décisive? Non.
En conséquence, je décidai de rompre encore, et dereporter le front de quelques marches en arrière. Cettesolution offrait, en outre, l’avantage de me permettrede modifier encore la répartition de mes forces, en faisantau profit du centre et de l’aile gauche de nouveaux pré-lèvements sur les l re et 2 e armées.
J’envoyai aux armées, dans la soirée du 2, un ordreindiquant que le repli actuel avait pour but de resserrernotre dispositif en vue de préparer avec toutes chancesde succès la reprise de l’offensive générale dont je meréservais de donner le signal dans quelques jours. Enattendant, il importait de recompléter cadres et effectifs,et de prendre les mesures les plus draconiennes pourassurer l’ordre complet dans le mouvement de repli. Enmême temps j’indiquais aux armées les grandes lignesdu plan arrêté, qui n’était, en somme, que la continuationde la manœuvre envisagée par l’Instruction n° 4 de laveille : il s’agissait, leur disais-je, de soustraire les arméesà la pression de l’ennemi, en les établissant sur la lignegénérale : Pont-sur-Yonne, Nogent-sur-Seine , Arcis-sur-Aube, Brienne-le-Château , Joinville, de renforcer nos ar-mées du centre par deux corps d’armée prélevés sur lesdeux armées d’aile droite, et de passer alors à l’offensive.Quant à la garnison de Paris , je prévoyais déjà alorsqu’elle aurait à agir en direction de Meaux , et j’en avisaiGalliéni.