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1 (1932)
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366 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

comme pouvant devenir la base de départ de notre mou-vement en avant. Somme toute, notre repli avait laisséjusquici nos troupes à peu près intactes. Nous navionspas encore livré la grande bataille qui devait déciderdu sort de la guerre. Nous navions eu que des rencontrespartielles qui avaient tourné les unes à notre désavantage,les autres à notre avantage. A continuer sans cesse cetteretraite, nous finirions par prendre figure de vaincus,avant que la partie décisive ne soit jouée. Enfin, cetteretraite livrait à lennemi une grande partie de notreterritoire, et il était de notre devoir de limiter au strictnécessaire ce douloureux sacrifice. Était-il possible de hâterla date de la reprise générale de loffensive?

Au grand quartier général, les avis étaient partagés surcette question. Le 3 e Bureau et son chef étaient partisansde tout essayer pour reprendre le mouvement en avantle plus tôt possible. Berthelot, au contraire, était trèspartisan dun repli derrière la Seine : les troupes étaientsi fatiguées par leur retraite depuis la Sambre, quellesétaient incapables de tout effort. Précisément, le généralde Langle avait envoyé son sous-chef détat-major, lelieutenant-colonel Dessens, me représenter que son arméeavait besoin de répit avant de pouvoir entamer nimportequelle opération : le 12° corps, en particulier, était dansun état de fatigue qui nous obligeait à prévoir le transporten chemin de fer dune partie de son infanterie.

Berthelot estimait que, dans ces conditions, il étaitnécessaire de soustraire les troupes à la pression de len-nemi, de leur permettre de respirer à labri dun obstacletel que la Seine, avant de livrer une bataille dont dépendraitle sort de la France.

Belin pensait que notre devoir essentiel était de durer,de réserver nos forces pour le moment les Russesauraient plus complètement fait sentir leur action, etque cette attitude prudente était le meilleur moyende faire échouer le plan allemand qui était incontesta-blement den finir avec les Français dans le plus brefdélai.