398 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
raisons qui me poussaient à poursuivre le mouvement enarrière, nos troupes avaient la mentalité non d’une arméebattue, mais d’une armée qui manœuvre. En outre, lesrenforts venus de l’intérieur avaient comblé dans nos rangsles lourdes pertes du début.
Si je croyais pouvoir compter sur le moral de nos sol-dats, et si j’étais sûr d’être compris d’eux en leur disantque le sort de la patrie était en jeu, je pensais, par contre,que le moral de l’ennemi devait être à son plus haut degré.Mais, à y réfléchir, là était le danger pour nos adversairesbeaucoup plus que pour nous-mêmes ; nous pouvionsescompter l’effet de surprise que ne manquerait pas deproduire sur eux notre offensive soudaine dans un momentoù ils croyaient n’avoir plus qu’à balayer les débris d’unearmée en déroute.
D’autre part, les corps d’armée qui devaient venir ren-forcer les points sensibles de notre ligne de bataille étaientencore en cours de transport, notamment le 15 e destiné àla 3 e armée, le 21 e qui allait renforcer la 4 e , et une divisiondu 9 e qui rejoignait la 9°. Et cette considération me faisaitregretter davantage l’obligation d’engager la bataillele 6 septembre.
Enfin, depuis le 4 septembre, la bataille avait reprisavec une violence nouvelle sur le front de Lorraine . Là,l’ennemi cherchait à s’emparer de Nancy , tout en menanten Woëvre une action menaçante pour les derrières denotre 3 e armée ; sur le front de la l re armée, il manifestaitheureusement moins d’activité, mais en raison de laréduction de ses effectifs, le général Dubail devait seborner à conserver ses positions. Commencées dans l’après-midi du 4, les attaques allemandes se poursuivirent dans lajournée du 5 sur le front Gerbéviller, forêt de Ghampe-noux. Dans la soirée de ce jour, le général de Castelnaume rendait compte que la supériorité du nombre, la puis-sance et la portée de l’artillerie ennemie, dont les équi-pages de siège avaient fait leur apparition sur le front, nepermettaient pas d’escompter une résistance prolongée dela part de la 2 e armée. « Dans le cas, disait-il, où je serais
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