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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

que si le vainqueur de Sadowa et de Sedan avait menéavec beaucoup dapplication et de méthode ses arméesjusquà la bataille, la direction de cette dernière lui avaittoujours échappé, sans quil parût même rien tenter poury faire sentir sa volonté. Cette manière correspondait autempérament du maréchal qui répugnait sans doute àdiriger des événements qui, par définition, déjouent lesprévisions : il admettait que la conduite de la bataillerelevait du commandement subordonné. Les guerres quilavait menées navaient point apporté de démenti à cettedoctrine, de Moltke ayant eu la rare fortune de ne ren-contrer comme adversaires que des généraux comme Béné-deck et Bazaine dont linertie et la passivité étaient, pour-rait-on dire, absolues. Les Allemands ayant constaté lesrésultats acquis par cette méthode admirent quelle étaitbonne. Ils sy tinrent, et le général de Moltke, le nevfti dumaréchal, qui menait les armées allemandes dans les pre-mières semaines de la guerre, nétait pas homme, autantquon en peut juger, à modifier une formule qui devaitplaire secrètement à son tempérament effacé. De fait, ilressort bien des documents que nous avons aujourdhuientre les mains, que le haut commandement allemand,de son lointain quartier général de Luxembourg, napresque rien su de ce qui se passait sur le champ debataille de la Marne, et réciproquement, il na fait sentirson action sur ses commandants darmée que par à-coups,il ne les a pas orientés sur la situation densemble, et ilne leur a donné ses directives que tardivement et incom-plètement.

En France , nous avions une autre conception. Nousadmettions que la bataille moderne, par lextension desfronts, par limportance des masses à mouvoir, par sadurée, ne se prête plus aux soudaines inspirations, maisexige par contre un plus grand esprit de prévision que lesbatailles dont le général en chef pouvait suivre les péripé-ties dans le champ de sa lunette. Mais nous pensions,néanmoins, que la bataille, malgré ses difficultés, peut etdoit être conduite. Si intelligents et si énergiques que soient