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les commandants d’armée, ils ne connaissent qu’unefaible partie de l’action ; les événements qui se déroulentdevant leur front prennent à leurs yeux un relief qui lesdéforme ; seul, par les vues d’ensemble qu’il a sur labataille, le général en chef peut donner aux événementsleur valeur exacte. En outre, la situation se modifie cons-tamment ; seul le chef est à même de donner, à mesurequ’ils se déroulent, les directives qui permettent d’exploiterles événements.
La bataille de la Marne met en lumière ce que je viensde dire. Elle a commencé lorsque nous avons réussi à con-centrer autour de la droite allemande une masse qui nousdonnait sur cette partie du champ stratégique le doubleavantage de la supériorité numérique et de la position.Néanmoins si nous avions essayé d’appliquer brutalementune formule d’enveloppement à tout prix qui n’étaitd’ailleurs pas dans mon esprit, nous aurions fait le jeu del’ennemi. Mais nos moyens étaient tels, et notre systèmeétait assez souple pour que la réaction inévitable de l’en-nemi ne nous prît pas au dépourvu. Kluck n’a pu parerà la menace qui pesait sur sa droite, qu’en creusant entreson armée et celle de Bülow une brèche qui est allée ens’agrandissant. Ainsi, la bataille de la Marne a, dès ledeuxième jour, revêtu le caractère d’une action de rupturedu dispositif ennemi, rupture que le commandement suprêmeallemand n’a eu ni les moyens, ni le temps d’éviter.
Une pareille conception de la conduite de la bataille,*dans les conditions d’étendue des fronts de combat mo-dernes, implique non seulement une complète unité dedoctrine, mais encore des liaisons sûres et rapides entrele commandant en chef et ses subordonnés, au moyendu télégraphe et du téléphone, et aussi par l’intermédiaired’officiers qui sont, à proprement parler, l’émanation dela pensée et de la volonté du chef suprême. La mission quiincombait à ces officiers était, certes, délicate; on les aparfois accusés de s’être donné des attributions qui dépas-saient leur grade. Il est possible que des erreurs aient étécommises par ces agents de liaison qui ont peut-être été
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T. I.