410 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
gardes ennemies, atteignait le Petit-Morin, et son corps degauche (18 e ) arrivait à Marchais-en-Brie.
Entre Maunoury et Franchet d’Esperey , l’armée bri-tannique n’avançait pas aussi vite que je l’eusse souhaité.Certes, les résultats acquis étaient déjà appréciables. Le 7,j’avais exprimé à lord Kitchener, par l’intermédiaire duministre de la Guerre, mes chaleureux remerciements pourl’appui constant donné à nos armées par les forces britan-niques, et j’avais envoyé à French une lettre personnellepour lui marquer ma gratitude. French m’avait répondule jour même en me remerciant de mon message : la situa-tion lui apparaissait maintenant sous un jour favorable, etil me félicitait de « l’heureuse combinaison » que je venaisde réaliser. Il n’en restait pas moins que j’étais impatientde voir l’armée britannique accentuer son avance. A troisreprises, dans la journée du 8 septembre, je signalai aucommandant en chef anglais l’importance que j’attachaisà son offensive ; j’insistai sur la nécessité de marcher au plusvite pour soulager la 6 e armée qui portait maintenant toutle poids de la I re armée allemande, et j’exprimai l’espoir devoir les Anglais en fin de journée déboucher au nord de laMarne.
Mais le maréchal me fit connaître qu’il était arrêté pardes arrière-gardes sur le Petit-Morin, et le soir il prit piedseulement sur les hauteurs au nord de cette rivière.
Le 8 au soir, la situation m’apparaissait dans l’ensemblecomme très favorable, bien différente de celle que, quelquesjours auparavant, j’avais compté réaliser.
Des Vosges à la Meuse, toutes les attaques allemandesétaient maîtrisées, malgré les prélèvements nombreux quej’avais faits sur les l re et 2 e armées.
Le combat de front des 4 e et 9 e armées me donnait main-tenant l’espoir que l’ennemi n’arriverait point à disloquernotre centre. La droite de l’armée de Langle était mainte-nant étayée par le 15 e corps qui venait d’entrer en ligne à lagauche de Sarrail. Il est vrai que la droite de Foch avaitencore cédé du terrain, et cela ne manquait pas de m’in-quiéter, car de Langle n’était pas encore en mesure de lui