LA CAMPAGNE D’AUTOMNE
445
mandant de la 2 e armée. Mesurant justement la gravitédes conséquences qu’une pareille décision allait entraîner,il revint dans la nuit même au grand quartier général etme rendit compte, le 3 octobre à 6 heures et demie, de lamission qu’il venait de remplir. Il ajouta qu’au momentde monter en auto vers une heure du matin, le comman-dant Jacquand, chef du 3 e Bureau de la 2° armée, lui avaitassuré, qu’à son avis, la situation n’était pas aussi gravequ’on venait de le lui dire, et que le repli derrière laSomme devait et pouvait être évité.
Je n’ai pas besoin de dire que les nouvelles rapportéespar le commandant Fétizon me causèrent un vif mécon-tentement. La décision envisagée par le général de Cas-telnau, c’était la perte des riches régions du Nord, de notrebassin houiller en particulier, la perte de nos côtes jusqu’àl’embouchure de la Somme, et, à brève échéance, la chutetotale de l’armée belge. Sans hésiter, je résolus de merendre à Breteuil, où j’arrivai vers 12 h. 30. Je montraiaussitôt à Castelnau et à son chef d’état-major que lasituation n’était pas aussi sombre qu’ils la voyaient, et jeleur fis comprendre la nécessité absolue de tenir coûte quecoûte sans envisager le moindre repli qui pût compro-mettre le succès de la manœuvre que je poursuivais inlas-sablement depuis trois semaines. Castelnau se plaignaitaussi de défaillances chez certains généraux, mais il lesexcusait en raison de la gravité des circonstances dans les-quelles ils étaient placés. Je répondis que l’heure n’étaitpas à la pitié, que l’intérêt général primait toute autreconsidération, et qu’il fallait impitoyablement retirer leurcommandement à ceux qui n’étaient pas capables del’exercer. Et je terminai en affirmant une fois de plusma volonté de ne pas admettre qu’on parlât de se retirer.Puis je rentrai à toute allure au grand quartier généraloù j’arrivai vers 19 heures, et où d’autres soucis m’atten-daient.
Ces premiers jours d’octobre m’ont laissé de mauvaissouvenirs. La manœuvre que je poursuivais rencontraitdes difficultés que je ne pouvais me dissimuler : l’ennemi,