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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
comme je l’ai dit, manœuvrait par la corde de l’arc surlequel nous opérions. Malgré le dévouement du service deschemins de fer, nous ne parvenions pas à déborder avecassez d’ampleur la droite allemande qui s’élevait vers lenord parallèlement à mon extrême gauche. L’attaque surSaint-Mihiel était à peine enrayée, et j’étais en droit deme demander si, sur cet immense front encore fragile, unenouvelle offensive ne viendrait pas en compromettre lasolidité en quelque point sensible.
Le sort de l’armée belge à Anvers me causait de gravesinquiétudes.
Enfin, le maréchal French venait de me demander àquitter le front de l’Aisne pour reprendre la gauche desarmées françaises. C’était là un nouveau problème quis’ajoutait aux autres. Je reviendrai tout à l’heure sur lesopérations des armées belges et britanniques.
Pour l’instant, et sans me laisser arrêter par des diffi-cultés croissantes, il importait de donner aux opérationsde mon aile gauche une nouvelle impulsion.
Si le débit de nos voies ferrées, et l’obligation de neprélever des forces sur le reste du front qu’avec ménage-ment, limitaient l’arrivée des troupes dans le Nord, ilm’était possible d’exercer une action immédiate sur lecommandement local que je venais de voir chanceler.
C’est alors que je fis appel au général Foch.
Déjà à la fin de septembre, j’avais pensé à le prendreauprès de moi comme adjoint. J’avais, à cet effet, adresséle 24 septembre au ministre de la Guerre le télégramme sui-vant :
« Le général Galliéni se trouve actuellement désignécomme mon successeur éventuel. Mais parmi les comman-dants d’armée le général Foch a affirmé une supérioritéincontestable au point de vue du caractère et des concep-tions militaires. Je demande qu’une lettre de service luisoit délivrée, le désignant comme mon remplaçant éven-tuel. Dans le cas où le gouvernement accepterait cetteproposition, je prendrai le général Foch auprès de moi