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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
éventualité. Or, le mouvement prévu par S. Exc. le maréchalFrench entraînerait forcément quelques complications, nonseulement dans la situation des troupes, mais aussi dans celledes convois ; il pourrait peut-être amener dans la dispositiongénérale de nos armées un trouble dont il est difficile de mesurerl’étendue.
Pour les raisons exposées ci-dessus, le commandant en chefne saurait partager la manière de voir du maréchal French ausujet de l’époque à laquelle ce mouvement pourra être mis àexécution. Par contre, il semble qu’il serait possible de l’amorcerdès aujourd’hui par un certain nombre de dispositions dont ledétail est exposé ci-dessous :
1° L’armée anglaise pourrait opérer comme l’armée française :elle est aujourd’hui solidement retranchée sur les positionsqu’elle occupe. Tout en maintenant l’intégrité de son front, illui serait sans doute possible de récupérer un certain nombrede divisions (tout d’abord un corps d’armée), qui progressive-ment seraient transportées à la gauche ;
2° La division de cavalerie anglaise est actuellement inutiliséesur le front : elle pourrait, ainsi que l’ont fait le 11 e , le 10 e corpset la 8 e division de cavalerie, se transporter par voie de terre àl’extrême gauche pour servir de liaison entre l’armée belge etles troupes françaises ;
3° Les divisions 7 et 8, qui vont arriver prochainement, pour-raient être débarquées dans la région de Dunkerque ; elles agi-raient ensuite dans la direction de Lille. Leur action se feraitimmédiatement sentir sur le flanc droit de l’armée allemandequi reçoit chaque jour de nouveaux renforts. Elles seraientréunies aux divisions retirées du front ;
4° Les divisions des Indes, dès qu’elles seraient en état d’entreren opération, rejoindraient par voie de fer le groupement anglais transporté dans la région du Nord et constituant le noyau auquelviendraient se réunir les autres divisions anglaises aussitôtqu’il serait possible de les transporter ;
5° Dès que le mouvement en avant pourra être repris, le frontse resserrera : il serait alors possible de faire marquer un tempsd’arrêt à l’armée anglaise et de la faire glisser en arrière pourla transporter à la gauche du dispositif pendant que les 6 e et5 e armées appuieraient l’une vers l’autre ; le mouvement serad’ailleurs d’autant plus facile que le nombre d’unités restant àtransporter sera plus réduit.
En résumé, le commandant en chef partage la manière de voir