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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Le 5 octobre, le général Pau partit en mission auprèsdu gouvernement belge muni de mes instructions danslesquelles je disais :
Il est qualifié pour donner au commandement supérieur desarmées belges toutes les indications de nature à assurer unecoopération, aussi complète que possible, des armées belges etdes armées françaises.
En particulier, les forces belges sorties d’Anvers devrontrecevoir tous les renseignements leur permettant de continuerleurs efforts vers le sud-ouest de la place avec les forces alliées (1).
Malheureusement, ma conception, basée uniquement surles possibilités militaires du moment, n’était partagée nipar les Belges, ni par les Anglais .
Les premiers éprouvaient une grande répugnance às’éloigner d’Anvers dont le général Brialmont avait faitle noyau de la défense de la Belgique . L’histoire — lanôtre, en particulier, — montre cependant par quellescatastrophes se soldent les opérations d’une armée rivéeà une place forte.
Pour les Anglais , c’est un dogme traditionnel de nepoint admettre qu’Anvers puisse être aux mains d’unegrande puissance continentale. Il est néanmoins surpre-nant que le gouvernement, le War Office et l’amirautéaient admis avec une unanimité aussi obstinée qu’on pou-vait, dans la situation où nous nous trouvions, sauver laplace et l’armée belge , en envoyant directement à leursecours les faibles moyens dont l’empire britannique etnous-mêmes disposions à ce moment.
Dés le 7 septembre, M. Winston Churchill , premierlord de l’amirauté, avait adressé à son premier ministre,à sir E. Grey et à lord Kitchener, un mémorandum danslequel il insistait sur l’importance d’Anvers , particuliè-rement au point de vue naval :
L’Amirauté considère la défense prolongée et effective d’An-vers comme une chose très importante. Anvers protège la vie
(1) Ordre de mission du 5 octobre 1914.