STABILISATION DU FRONT
481
ébranlé la fidélité, m’a laissé un souvenir que je n’ai pointoublié.
Si je jette un coup d’œil sur mes souvenirs de cette finde l’année 1914, j’y retrouve les impressions qui domi-naient dans mon esprit à ce moment.
La victoire de la Marne et la rude campagne de deuxmois qui l’avait suivie, avaient arrêté l’invasion la plusformidable dont la France , qui en a tant vues, ait jamaissubi jusque-là les horreurs ; elle l’avait forcée à reculer,l’avait clouée au sol, mais laissait aux mains de l’ennemi,pour un temps dont nous ne pouvions mesurer la durée,une riche portion de notre territoire : Lille , la majeurepartie de notre bassin houiller du Nord , la totalité dubassin métallurgique de Briey-Longwy . sans compter lesgrandes cités qui, en bordure du front, restaient à la mercides coups, Dunkerque, Arras, Amiens, Reims, Nancy .
C’est aux Alliés de 1814 et de 1815 qui ont éventré notrefrontière du nord-est, et aux victoires allemandes de 1870que nous devions en partie cette situation, grave surtoutparce que la nature a placé presque toutes nos richessesminières — si l’on peut dire — à fleur de frontière.
Mais il n’en restait pas moins qu’en cette fin d’annéede 1914, les Allemands, dont le plan reposait sur une misehors de cause foudroyante des armées françaises, venaientde perdre tout espoir de gagner la guerre. J’en avais biendéjà la nette impression. Les mémoires des hommes deguerre allemands, Hindenburg, Tirpitz, Falkenhayn , Lu-dendorf en ont fait plus tard l’aveu plus ou moins explicite.
Mais il ne suffisait pas d’empêcher les Allemands degagner la guerre. Il nous fallait obtenir une victoire com-plète, reconquérir le Nord de la France, la Belgique , etnos chères provinces d’Alsace et de Lorraine .
Là, un angoissant problème se posait devant moi.
Faute de mieux, les Allemands s’enterraient devantnous dans un système défensif qui allait chaque jour seperfectionnant. Il s’agissait pour nous d’attaquer cetteimmense forteresse, de rejeter l’ennemi dans la guerre de
31
T. I.