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rase campagne, et de lui imposer notre volonté. Une ter-rible guerre naissait à laquelle il allait falloir s’adapterau plus vite. La création d’un matériel puissant d’artil-lerie s’imposait, doté de stocks de munitions devant l’im-portance desquels l’imagination reculait. Dans cet ordred’idées, on sait de quel point de départ nous partions. Lemodeste programme de munitions que j’avais demandéau ministre en un moment où j’espérais refouler l’ennemihors de chez nous par une manœuvre exécutée sur sonaile droite, s’avérait en retard. Le 17 novembre, le com-mandant Herbillon (1), arrivant de Bordeaux , me renditcompte que le ministre n’était en mesure de tenir aucunedes promesses relativement à la fabrication des munitionset qu’il nous faudrait encore attendre plus d’un moisavant d’avoir ce sur quoi je comptais pour le début denovembre. Ce retard, on ne pouvait l’imputer à M. Mil-lerand dont l’énergie m’était connue, non plus qu’auxindustriels auxquels il avait fait appel. Mais pour mettreen train une fabrication aussi délicate que celle que lesévénements réclamaient, il fallait des machines, du mi-nerai, du charbon, des ouvriers. Les machines étaient àfabriquer, le minerai et le charbon étaient maintenant del’autre côté des fils de fer, et les ouvriers étaient mobi-lisés.
Les Russes, dont je n’ai parlé jusqu’ici que pour rap-peler l’immense service qu’ils nous rendirent au momentde la Marne, commençaient à faire sentir leur poids dansles opérations.
Le 6 novembre j’avais reçu un télégramme du grand-duc Nicolas Nicolaievitch annonçant une grande victoiresur les Autrichiens qui paraissaient en pleine déroute. Legénéralissime des armées russes pensait envoyer immédia-tement dans la haute vallée de la Theiss une douzainede divisions d’infanterie qui menaceraient Buda-Pesth.
(1) Le commandant Herbillon assurait la liaison entre le ministrede la Guerre et le G. Q. G.