INTRODUCTION
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résulter naturellement, d’après lui, que le travail estcher. Car les ouvriers sont si débauchés qu’ils ne pensentqu’à boire et à manger. Il en conclut qu’une bonne récolteserait un malheur pour le peuple, si le gouvernement neprenait soin de maintenir élevé le prix du blé. C’est toutparticulièrement à l’Irlande, selon Petty, que ce raison-nement s’applique. Là, en effet, surtout depuis l’impor-tation de la pomme de terre, « cette racine qui tient lieude pain », la vie des masses était si facile que deuxheures de travail par jour suffisaient pour satisfaire àtous les besoins ordinaires. Pour secouer la paresse dupeuple irlandais, un lourd système d’impôts serait néces-saire. Dans un autre ouvrage encore, Petty réclame uneaugmentation de la difficulté des moyens d’existence dupeuple dans l’intérêt du progrès économique. La duréedu travail était alors de douze heures par jour eny comprenant une interruption de deux heures au milieude la journée, soit dix heures de travail effectif, et l’onfaisait d’habitude trois repas par jour. Petty demandeque le repos de midi soit abrégé d’une demi-heure etqu’on jeûne le vendredi. Par ce moyen, le peuple anglaisdevait devenir plus riche et les revenus de l’Etatdevaient augmenter.
La manière de voir de Petty fut partagée par les écri-vains les plus éminents de son temps. Ainsi sir WilliamTemple recommande, pour accroître le travail en Irlande,l’établissement, dans ce pays, d’impôts sur les denrées.Dans un pays fertile, d’après lui, l’industrie n’est pasd’habitude florissante, parce que le bas prix des denréespermet à l’ouvrier de suspendre le travail, et, par consé-quent, d’en faire élever le prix.