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LA GRANDE INDUSTRIE
nuel à la machine, entraîne nécessairement avec lui une élé-vation progressive de la condition de l’ouvrier. Les sa-laires hebdomadaires élevés, que présentent les pays lesplus avancés au point de vue économique, ne seraientnullement pour eux un désavantage dans la lutte des na-tions. Ils ne seraient plutôt rien autre chose qu’un indicedu progrès technique de la situation industrielle, en par-ticulier de la victoire de la grande industrie sur des formesd’industrie surannées. Malgré l’élévation des salaireshebdomadaires, par suite de l’emploi de meilleures ma-chines et d’un rendement plus considérable du travail,les frais de main-d’œuvre pour la plupart des objets,surtout pour ceux produits par la grande industrie, se-raient plus faibles en Amérique que dans les industriesrivales d’Europe .
Tout autre est la manière de voir d’un grand nom-bre de praticiens allemands. En particulier, l’augmenta-tion de salaires imprévue et importante, qui s’est produiteil y a 60 ans, n’a, de l’avis de beaucoup de praticiens,répondu à aucune espèce de progrès économique. Aucontraire, l’opinion que ces augmentations de salairesavaient amené un affaiblissement de l’industrie allemandeen face de l’étranger et une diminution de l’exportation,fut soutenue de bien des manières aussi bien dans lapresse qu’à la tribune du Reichstag . Bien loin d’avoirtoujours été accompagnée d’un accroissement de produc-tion correspondant, l’élévation des salaires aurait bienplutôt amené, la plupart du temps, une diminution du ren-dement du travail. Cette opinion fut défendue, parexemple, par le ministre du commerce de Prusse dansun rescrit du 28 mars 1876, aux directeurs du départe-