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LA GRANDE INDUSTRIE
La cause de ces progrès plus lents ne réside sûrement pasdans la difficulté plus grande des problèmes techniquesà résoudre, mais dans ce fait que la pression du marchéuniversel et la nécessité d’inventions nouvelles ne se fitsentir sur ce terrain qu’à une époque des plus tardives.
Conformément à ce qui précède, nous trouvons, dansles livres bleus, que tous les fabricants sont d’avis que lemétier à la main ne peut être jamais remplacé par le métiermécanique ; mais plutôt que le nombre des tisserands enchambre doit forcément augmenter constamment avecl’extension du commerce anglais ; ce qui en effet était le casjusqu’alors — et pourtant le Français Jacquart avait déjà,en 1812, inventé le dispositif qui porte son nom et qui,adapté au métier mécanique, devait permettre de fabri-quer mécaniquement les modèles les plus artistiques. Lafabrication de semblables marchandises exigeait alors unequantité considérable de forces de travail; le lecteur, quiannonçait à haute voix les points figurés d’après le patron,c’est-à-dire la carte d’échantillons ; puis un autre ouvrierqui d’après cette indication attachait les cordons au boutdesquels pendaient les tiges avec les griffes destinées àtendre ; et enfin, pour tisser, le petit gamin qui pendantle tissage était occupé à élever les tiges ainsi attachées ;là aussi se produit donc une extraordinaire substitutiondu capital au travail.
L’organisation commerciale d’alors de l’industrie ducoton présente une analogie particulière avec la situationque l’on vient de décrire. De meme que la grande indus-trie moderne se développe dans le domaine de la filature,de même le marché de la matière première est déjà lemarché du monde le plus en progrès, et la technique du