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LA GRANDE INDUSTRIE
glaise cotonnière ou autre. Ainsi la prudence comman-dait de laisser entrer en franchise les produits d’échangedes nations agricoles, si on ne voulait pas amener leurpassage prématuré au système industriel.
Que l’intérêt du commerce fût décisif, c’est ce qu’éta-blit déjà le premier mémoire de R. Cobden, dans lequelil effleure cette question. La suppression des droits surles grains serait le moyen d’entreprendre, dans des con-ditions plus favorables, la lutte sur le marché universel,et de battre les concurrents qui s’élevaient de tous côtés.« Entraver l’importation des grains dans un pays d’in-dustrie ne revient à rien moins qu’à tuer le nerf vital deson commerce extérieur. » L’industrie a à supporter lescharges énormes de la dette d’Etat provenant de la guerreet les charges de la défense tant du pays que des colo-nies ; que l’agriculture devienne plus capable dans l’ave-nir de supporter ces charges publiques constammentcroissantes, c’est en dehors de toute vraisemblance; ils’ensuit que l’industrie est à fortifier dans l’intérêt géné-ral du pays.
On a plus rarement mentionné ce point de vue pluslarge que la liberté de l’importation et, avec elle, l’avilis-sement du prix des denrées devaient forcément diminuerles frais de production de l’industrie, peut-être parce quebeaucoup de fabricants à vues assez étroites présentaientcet avantage sous la forme impopulaire d’un abaisse-ment des salaires. Que la question ait été considéréeaussi sous cet aspect, c’est ce que prouvent les écritsd’Ure et de Cobden.
Ure s’arrête fréquemment sur l’avantage que possèdele continent dans la moins grande cherté des vivres. En