LES OUVRIERS DU LANCASHIRE
199
que la machine inspirait à l’ouvrier au début de la grandeindustrie, et que partageaient souvent certains philan-thropes, a complètement disparu aujourd’hui du Lan-cashire. Si l’ouvrier aspire comme autrefois au progrèssocial, il sait qu’il ne peut l’attendre que de l’extensiondes machines.
Mais tout praticien sait combien il est essentield’exercer une surveillance intelligente sur la marche dela machine, sur son appropriation à la matière brutepour le résultat soit en qualité, soit en quantité (1).
Ce n’est pas ici le lieu de parler en détail de la façondont l’éducation technique est en train d’être énergique-ment développée en Angleterre . Elle intéresse à un hautdegré les classes ouvrières, et diffère des efforts reconnussplendides qui ont été faits dans la même direction enAllemagne . Dans ce dernier pays, l’éducation technique
(t) Cf. Marsden « Cotton Spinning. London, 1888, p. 130 : Le« cardeur doit apporter la plus scrupuleuse attention à empêcher que« le coton no sorte de la machine avant d’être suffisamment cardé« ce qui donnerait un mauvais résultat, et, d’autre part, à empêcher« qu’il ne reste trop longtemps dans la carde, ce qui diminuerait le« produit. Les différents cotons varient sous le rapport de l'opération« du cardage ; les uns veulent être plus cardés, les autres moins;« quelques-uns contiennent une plus forte proportion de fibres courtes« et remplissent la carde plus vite, imposant la nécessité de les dé-« pouiller plus souvent. Pour tenir compte de ces diverses circons-« tances, le cardeur doit apporter la plus grande attention à la sur-« veillance de sa machine, pour pouvoir, à temps, en modifier la« marche, etc., etc. » De même la nature de la matière première déter-mine la distance variable des rouleaux étireurs dans le métier que lefileur doit surveiller. L’adaptation de la matière brute, comme produitnaturel variable à une machine qui travaille régulièrement, devient lapréoccupation de plus en plus dominante de l’ouvrier. Cf. aussi Prol.der Reichsonquète, p. 9 : « un ouvrier habile fait moins de déchetsqu’un débutant. » Sous ce rapport, je crois que nous avons plutôt plusde déchets on Allemagne qu’en Angleterre .