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LA GRANDE INDUSTRIE
air incrédule lorsqu’il leur disait que l’idée de fêtes et desport n’était jamais venue à leurs grands-parents. Le pas-sage de la durée de tràvail à 9 ou 10 heures, au lieude 13, des salaires suffisants, les associations, les cor-porations, la liberté politique à la place de la répressiondu mouvement ouvrier signalaient le progrès. « Maisvoulez-vous voir le signe certain de cette révolution,continua le vieillard, les yeux rayonnants, voilà devantvous sur la table la force du Lancashire » et il éleva d’ungeste triomphant un morceau de pain de froment. Pourle vieillard, Cobden était un saint. «Nous avons livré labataille et nous l’avons gagnée », ces paroles furent laconclusion de son récit.
Très intéressante fut la contradiction qu’il éprouva dela part de l’ecclésiastique pour sa glorification de Cobdenet sa défense des corporations. Celui-ci, comme beaucoupde ses collègues, se posait en socialiste et attaquait lescorporations comme étant des institutions conservatrices.Elles retardaient, d’après lui, le progrès et dissimulaientcet idéal auquel l’homme et en particulier le Christ devaitaspirer : hâter le règne de la justice sur cette terre môme,élever sur la terre une image du temple céleste, et faireque la volonté de Dieu soit faite non seulement dans le ciel,mais aussi sur la terre. Mais il ne pouvait nullement êtrequestion de cela tant que de grandes masses d’un prolé-tariat, plongé dans une misère corporelle autant que spiri-tuelle occuperaient les bas-fonds de la société, en particu-lier les grandes villes ; par le besoin et l’isolement social, ils’est séparé de tous les sentiments élevés de l’esprit hu-main, par la misère et l’incertitude de l’existence il est con-duit forcément au crime et à la prostitution. Il ne serait