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MÉMOIRES DU MARÉCHAL J OFFRE
de succès. Avons-nous 70 pour 100 de chances de victoiresi la situation nous accule à la guerre? » J’étais assezembarrassé pour répondre. Je finis par dire : « Non, je neconsidère pas que nous les ayons. — C’est bien, réponditCaillaux ; alors, nous négocierons. » Cette réponse con-tribua sans doute à décider le gouvernement à pour-suivre les négociations. En tout cas, peu de jours après,M. Cambon venu de Berlin retournait à son poste porteurpour M. de Kiderlen-Wæchter d’une note qu’il lui remitle 4 septembre, et qui servit de base à l’accord du 4 no-vembre sur le Maroc .
Cette crise si grave eut du moins un résultat heureuxen ce qui concerne la France ; l’Entente cordiale en sortitresserrée. C’est, en effet, du début de cette période quedatent les premières conversations entre l’état-major fran-çais et l’état-major britannique. Le général Wilson vinten France travailler avec nous et préparer le débarque-ment éventuel d’un corps expéditionnaire britannique.Il fut le premier et bon ouvrier de cette coopération.
Je fis, en outre, le choix de mes collaborateurs immé-diats pour en former mon cabinet. Le chef en fut le com-mandant Gamelin, et je pris, en outre, les capitainesRenouard et Bel et le commandant Alexandre.
Je n’ai pas à faire l’éloge de ces officiers que j’ai con-servés fort longtemps auprès de moi et qui ne m’ontquitté que le temps nécessaire pour accomplir leurs stagesde commandement pendant la paix, ou pour aller, pendantla guerre, se retremper dans la troupe. Durant ces absencesforcées, je les ai remplacés par les capitaines de Galbertet Fétizon. Ils ont tous magnifiquement fait leur devoir;deux d’entre eux ont été tués : Bel à la tête d’un groupe debataillons de chasseurs en Italie , de Galbert à la têtedu 13° bataillon de chasseurs sur la Somme; quant àRenouard, il est mort pendant l’été 1918 à la tête d’unedivision d’infanterie.
Dès mon installation dans mes nouvelles fonctions, jeme mis à étudier le plan de concentration alors en vigueurconnu sous le nom de plan XVI ; j’en avais déjà eu con-