18
MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Toute cette concentration se faisait à l’abri de nosfortifications de l’Est ; en avant de celles-ci, la couvertureétait assurée en première urgence par trois corps d’arméefrontière, les 6 e , 7 e et 20 e corps et par trois divisions decavalerie ; dès le cinquième jour à midi, la couverture étaitrenforcée par des éléments des 1 er , 5° et 8 e corps.
Nos forces combattantes se trouvaient en mesure d’en-trer en action à partir du dix-septième jour de la mobili-sation.
La caractéristique la plus frappante de cette concen-tration était la proportion des forces maintenues au sudde la ligne Paris-Metz ; en effet, sur dix-huit corps prévuspour le front du nord-est, quinze d’entre eux étaientgroupés au sud de cette ligne avec leur centre de gravitédans la région de Neufchâteau. Cette concentration tenaitévidemment peu compte de la violation de la Belgique par les Allemands, qui cependant apparaissait comme unehypothèse très vraisemblable. Une manœuvre allemandeenveloppant la gauche de notre dispositif assez faiblementgarnie, tout notre système se trouvait en danger. Cettehypothèse n’avait manifestement pas été envisagée. Leplan XVI était basé sur la conviction que les Allemandsdirigeraient contre nous un coup droit dans la régionMetz -Toul-Verdun.
D’autre part, le maintien de l’armée de réserve, la 6°,loin derrière le front, correspondait à la conception stra-tégique d’alors ; considérant que nos effectifs étaient sen-siblement inférieurs à ceux des Allemands , et que nousavions sur nos adversaires un retard dans notre concen-tration, le plan XVI avait admis, comme d’ailleurs unepartie des plans qui l’avaient précédé, que nous devionsd’abord recevoir le premier choc en situation défensive,puis contre-attaquer avec des forces réservées et trans-portées sur l’aile ou sur le point qui semblerait le plusfavorable.
Je trouvai dans le coffre-fort de l’ancien vice-présidentdu Conseil supérieur de la guerre un projet de plan deconcentration qui montrait que mon prédécesseur s’était