LES BUDGETS DE LA GUERRE
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était avisée que le total de ses prévisions dans la pé-riode 1911-1913 ne devrait pas dépasser 15 355 050 francs.Le 2 juin 1910, cette part de l’Intendance'fut encoreréduite à 4 770 350 francs.
En juin 1909, la 4 e direction avait demandé, pourl’exercice 1910, 36 062 395 francs ; elle reçut l’ordre deréduire ses demandes et présenta de nouveaux comptesd’emploi ramenés à 26 214 375 francs.
En réalité, la France avait cru, dans ce début du vingtièmesiècle, à la chimère de la paix universelle. Elle se réveillaà demi en 1906 après l’alerte de Tanger; elle ne sortit dé-finitivement de son rêve qu’après Agadir.
Pendant cette période de somnolence de la France, noséternels ennemis se préparaient, et rien n’est plus instructifque de comparer avec la nôtre la moyenne des dépensesqu’ils firent pendant cette même période, pour leurs diffé-rents services. De 1901 à 1905, tandis que nous dépensions47 millions en moyenne, comme on l’a vu au tableau de lapage précédente, les Allemands en dépensaient 115 ; de1906 à 1910, tandis que notre moyenne s’élevait à 95 mil-lions par an, celle des Allemands atteignit 190 millions.Quoi d’étonnant, dans de telles conditions, que nouseussions en 1911 un redoutable retard à rattraper dans ledomaine du matériel?
Je savais donc fort bien, en août 1911, par l’expérienceque j’avais acquise, toutes les difficultés qu’il y aurait àvaincre pour obtenir les crédits nécessaires à l’équipementde l’armée et du pays en vue de la guerre.
Quelle était la situation de l’armée au point de vue ma-tériel lorsque je fus nommé chef d’état-major général?
Prenons d’abord la question de l’armement de l’infan-terie. Le bruit courait que notre fusil n’était plus à hauteurdes circonstances, et qu’un certain nombre d’armes por-tatives étaient en mauvais état, ce qui avait amené à lesclasser dans les approvisionnements de l’armée territoriale.Des articles des généraux Bonnal et Langlois s’étaient faitsl’écho de ces inquiétudes. La vérité était moins critique.En réalité un classement général de tous les fusils avait