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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
A ces trois questions, le Conseil répondit : oui, à l’una-riimité. C’est au début de cette discussion que le présidentFallières prit la parole pour constater avec plaisir qu’onrenonçait enfin aux projets défensifs qui constituaientun aveu d’infériorité. « Nous sommes résolus à marcherdroit à l’ennemi sans arrière-pensée, ajouta-t-il; l’offen-sive convient au tempérament de nos soldats, et doit nousassurer la victoire, mais à condition de consacrer à la luttetoutes nos forces actives sans exception contre l’ennemidu nord-est. »
Fort de cette approbation, je soumis alors au Conseil larépartition générale que j’avais préparée pour nos forcesde terre en tenant compte des possibilités russes et anglaiseset des renseignements fournis par les Affaires étrangèresen octobre 1911 :
Contre l’Allemagne : 22 corps d’armée actifs, 8 divi-sions de cavalerie et 12 divisions de réserve ;
Sur le front des Alpes : 4 divisions de réserve (noncompris les garnisons des places fortes) ;
A la défense mobile des côtes : 4 divisions territo-riales ;
A la défense des Pyrénées : éventuellement, la 68 e divi-sion de réserve actuellement affectée à Paris, où elle seraitremplacée par une division territoriale, un détachementde la division de réserve de Perpignan et 2 divisionsterritoriales.
Du côté anglais, j’estimais que nous pourrions comptersur l’appoint de 6 divisions d’infanterie active, 1 divisionde cavalerie et 2 brigades montées.
Du côté russe, on pouvait admettre que nos alliés met-traient en ligne 28 corps d’armée, 30 divisions de réserve,et 27 divisions de cavalerie.
Enfin, éventuellement, on pouvait faire entrer en lignede compte du côté belge, 4 divisions d’armée, 2 divisionsde cavalerie, soit 100 000 hommes concentrés dans larégion de Bruxelles, le dos à Anvers, le front à deux étapesau nord de la Meuse.
Ainsi se trouvaient fixées les conditions générales dans