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lesquelles il s’agissait maintenant d’établir notre nouveauplan de concentration, et de préparer notre manœuvre.
J’ai fait ressortir plus haut le rôle très important quedevait jouer dans les premières opérations le groupe fortifiéMetz-Thionville ; il est essentiel d’insister sur ce point,et de remarquer que la constitution de ce massif fortifiéplaçait les armées françaises en face d’un dilemme. Oubien nous étions obligés de renoncer à l’initiative de l’offen-sive stratégique, avec tous les risques qu’une telle attitudecomportait vis-à-vis d’un adversaire aussi résolu quel’Allemand , ou bien, si nous voulions prendre l’initiativede l’offensive, il fallait nous engager dans le champ closmachiné entre Metz et Strasbourg .
Nous ne pouvions échapper à ce dilemme qu’en orien-tant nos opérations vers la Belgique , mais cette solutionne nous était permise que si ce pays avait été au préalableviolé par les armées allemandes. Il faut ici remarquer quela période intensive des transports de concentration necommençant que le septième jour de la mobilisation chezles Allemands, nous ne pouvions compter, à cette époque,recevoir avant le dixième ou le onzième jour au plus tôtdes renseignements susceptibles de nous fournir des indi-cations sur l’orientation de la manœuvre adverse.
Le problème était donc extrêmement délicat pour nous.Je tenais à éclairer le gouvernement sur les conséquencespossibles de sa décision concernant l’attitude à observerà l’égard de la Belgique . J’en trouvai l’occasion, le 21 fé-vrier suivant, dans une réunion secrète tenue de 9 heuresdu soir à minuit au ministère des Affaires étrangères. Acette conférence, assistaient seulement M. Poincaré, pré-sident du Conseil et ministre des Affaires étrangères,M. Millerand, ministre de la Guerre, M. Delcassé, ministrede la Marine, M. Paléologue , directeur des Affaires poli-tiques et commerciales aux Affaires étrangères, l’amiralAubert, chef d’état-major général de la Marine, et moi-même. Le but de cette réunion était d’exposer le dernierétat des mesures concertées entre les états-majors russe etfrançais pour l’application éventuelle de l’alliance, ainsi