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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
de 8 à 9 corps d’armée sur un tel front était pleine derisques. La conduite de cette masse sur un si grand espaceétait difficile, et les armées ne pouvaient s’appuyer mu-tuellement, séparées qu’elles étaient non seulement par degrandes distances, mais encore par une région semée derivières et de lacs. Une armée allemande même inférieureen nombre, mais concentrée, pourrait facilement percerle cordon des armées russes déroulé devant elle, en parti-culier dans la direction de Thorn-Varsovie, en combinantson action avec une offensive autrichienne dirigée dePrzemysl sur Brest-Litowsk .
Il semblait donc que la masse des Russes rassembléeen Pologne sur la Narew , avec son gros dans la région deVarsovie arrêterait mieux les attaques allemandes dirigéesde Thorn sur Varsovie . En outre, de cette région centralede Varsovie , le gros des forces russes pourrait mieuxsoit prendre l’offensive vers Allenstein , soit manœuvrer parla rive gauche de la Vistule pour marcher sur Berlin .
En résumé, la concentration russe présentait un dis-positif trop étendu en largeur, avec un centre de gravitétrop rej été vers le nord ; et les forces du centre me semblaientdevoir être débarquées trop en arrière par rapport aux ailes.
A mon avis, il eût été nécessaire d’activer la concen-tration, car, jusqu’au vingt-troisième jour, les 9 corpsd’armée du groupe nord-ouest et les 7 corps du groupesud allaient se trouver seuls en face de l’ennemi ; ce neserait qu’à cette date que l’effort offensif pourrait avoirquelque intensité. Ce délai était bien long, si nous voulionsassurer la simultanéité des attaques russes et des attaquesfrançaises. Mais pour arriver à raccourcir ce délai, deprofondes améliorations aux chemins de fer russes eussentété nécessaires.
Malheureusement de pareilles transformations ne pou-vaient se faire qu’au prix d’importants travaux et d’étudesqui auraient profondément bouleversé la mobilisation etle plan de campagne russe. En fait, la guerre allait trouverla Russie sensiblement dans l’état militaire où nousl’avions vue en 1913.