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gouvernement motivées en grande partie, comme l’a fortbien dit lord French, par l’attitude énigmatique de laBelgique jusqu’au dernier moment : « Il est fort regrettablequ’on n’ait jamais pu la persuader à déterminer par avanceson attitude dans l’hypothèse d’une guerre générale. »Notre tâche d’avant-guerre en eût été singulièrement sim-plifiée : officiellement, je ne pouvais dans un document des-tiné à un assez grand nombre de personnes tenir compte quedes opérations susceptibles de se dérouler en dehors du terri-toire belge . Comme j’étais obligé d’envisager l’hypothèse dela violation de la neutralité belge, je préférais dès lors nerien écrire sur le plan d’opérations, me contentant d’uneconcentration à plusieurs fins. Et je me bornais à afficherma volonté d’offensive dans la direction générale du nord-est, aussitôt que la totalité des forces françaises seraientréunies.
Cette réserve de ma part me paraissait justifiée à l’époqueoù je pris ma décision. Elle me paraît encore justifiéeaujourd’hui.
Supposons par exemple que, par suite de circonstancesparticulières imputables aussi bien à l’état intérieur de laFrance qu’à l’habileté avec laquelle les Allemands auraientdissimulé leurs préparatifs, nous nous soyons trouvés enretard dans notre mobilisation ; il est bien évident que,dans ces conditions, il aurait fallu reculer la zone de con-centration. On verra, d’ailleurs, que, dans la période detension politique, j’eus à craindre cette éventualité.
Au moment de sa rédaction, on me proposa d’indiquerpar une phrase que cette Instruction était loin de corres-pondre à toutes les hypothèses ; je m’y refusai, préférantprescrire de pousser l’étude des variantes destinées à con-centrer le gros de nos forces dans la partie nord du théâtredes opérations. Il me semblait que, telle qu’elle était, cetteInstruction suffisait, par sa solution moyenne, à permettreaux différents états-majors d’armée de travailler; j’avaisassez de confiance dans leur souplesse pour estimer que,le moment venu, ils sauraient exécuter les modificationsque je prescrirais; j’estimais dangereux de faire connaître