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il semblait impossible que, dans un pareil conflit, un payscomme l’Angleterre fît la guerre à demi. C’était très impor-tant pour nous. D’ailleurs, presque en même temps, j’ap-pris l’ultimatum envoyé la veille au soir par l’Allemagne à la Belgique , ainsi que la réponse faite par le gouverne-ment belge à cette insolente menace. Il n’était pas difficilede prévoir que l’Angleterre serait obligée d’intervenir dansune lutte où la Belgique se trouvait ainsi entraînée.
Dans le courant de l’après-midi du 3 août, je réunis lescommandants d’armée ; ils étaient tous présents, à l’excep-tion des généraux de Castelnau et Ruffey. Il était encoretrop tôt pour annoncer formellement mon dessein d’opéreren Belgique : trop d’inconnues restaient à résoudre. Je mebornai à indiquer les grandes lignes de la manoeuvre pro-bable, c’est-à-dire ma combinaison de deux attaques,l’une en Lorraine et l’autre au nord de la ligne Verdun -Toul . En outre, j’indiquai que les armées de droite et par-ticulièrement celle destinée à agir en Lorraine auraientpour mission principale de retenir le plus grand nombrede corps d’armée ennemis possible au profit de l’actionde gauche. Enfin, j’appris aux commandants d’armées que,selon toute probabilité, l’armée de Lorraine , la II e , auraità mettre deux corps d’armée à ma disposition pour ren-forcer l’action de nos forces de gauche.
Mardi 4 août. — La grande inconnue restait toujours lasituation internationale, c’est-à-dire le groupement desforces européennes qui devait déterminer nos possibilitésde manœuvre.
De Russie, nous ne savions, pour le moment, à peu près rien.
Le 4 dans la matinée, nous apprîmes la neutralité offi-cielle de l’Italie si précieuse pour nos transports d’Algérie et du Maroc. L’intervention à nos côtés de l’Angleterre devenait si probable au cours de cette même journée, qu’à17 heures, le ministre envoya des instructions aux com-mandants de Boulogne, de Rouen et du Havre, en prévi-sion des débarquements à prévoir dans ces ports.