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1 (1932)
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240 MÉMOIRES DU MARECHAL JOFFRE

hors de pair, le général avait essentiellement le sens de lamanœuvre et de lorganisation. Toutefois, lui-même con-venait que les difficultés lui apparaissaient mal : « Je suistellement optimiste, avait-il coutume de me dire, que jesais mal les prévoir. » Il reconnaissait en outre quil avaitune tendance à mal utiliser son personnel, par désir detrop bien faire, cest-à-dire de faire tout par lui-même.

Le général Belin était absorbé par la direction et lajuste-ment des nombreux et complexes services dont il assuraitla conduite. Le Chef du Bureau des opérations, le colonelPont était pour nous un auxiliaire consciencieux et dévoué ;il convenait admirablement au rôle quil avait à remplir,qui consistait essentiellement à traduire en ordres clairsles décisions que javais arrêtées.

Derrière ces chefs demploi, il y avait les bureaux. Etje ne saurais, sans ingratitude, omettre de rendre ici unhommage de reconnaissance aux officiers qui les compo-saient : ils accomplissaient une besogne ingrate et déli-cate, dans une atmosphère de travail et de calme absolus.Ils avaient à établir la situation constamment variablede nos troupes et de lennemi, à organiser lexécution desmouvements ordonnés, à transmettre les ordres en tempsutile, à assurer les ravitaillements de toute nature. Ilsont été dans toute lacception du terme de bons officiersdétat-major, cest-à-dire les aides du commandement ;ils ont droit à la reconnaissance du pays.

Jeudi 6 août. En arrivant à Vitry-le-François, monpremier souci fut déclaircir la situation en Belgique. Jedécidai denvoyer à Bruxelles un des officiers du G. Q. G., lelieutenant-colonel Brécard, avec mission dobtenir du gou-vernement royal lautorisation pour nos troupes dentreren Belgique, sans toutes les restrictions qui nous étaientencore imposées ; en outre, il devait aviser le haut com-mandement belge que notre plan dopérations ne pourraitêtre arrêté quaprès que nos renseignements sur lennemiseraient suffisants pour pénétrer ses intentions ; de dé-coulait pour nous la nécessité davoir aussitôt que possible