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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Le ministre de la Guerre à l’énergie duquel je tiens àrendre hommage allait peut-être un peu loin. En ce quiconcernait le général Bonneau, si celui-ci avait fait preuved’incapacité à passer de la mentalité du temps de paixà celle du temps de guerre, c’était une indication que soncaractère n’était pas à la hauteur des circonstances, maisce n’était pas une raison pour le traduire devant un Conseilde guerre. En temps de paix, il est difficile de juger leshommes au point de vue du caractère qui, en dernièreanalyse, est la qualité essentielle d’un chef à la guerre. Ilfallait m’attendre à trouver des défaillances et des sur-prises ; ma résolution était prise : j’écarterai les chefsincapables, et je les remplacerai par des chefs plus jeuneset plus énergiques.
Je reçus, en effet, comme le ministre me l’avait annoncé,la visite du général Pau . Je le mis au courant de la situa-tion et de ce que j’attendais de l’armée d’Alsace . En outre,je lui demandai de m’envoyer, dès qu’il aurait pris con-tact avec ses troupes, un rapport accompagné de proposi-tions. Enfin je lui donnai comme chef d’état-major l’undes officiers de mon état-major dans lesquels j’avais le plusde confiance, le lieutenant-colonel Buat (1).
lettre personnelle de M. Messimy qui me parvint le 10 août au soir.La voici :
Paris , le 10 août 1914, Midi trente.
Je tiens à vous redire ce que je vous ai fait téléphoner par Ebener :a Si un chef placé sous vos ordres, quel que soit son grade, faisaitmontre de faiblesse, de pusillanimité, il devrait instantanément êtredéféré au Conseil de guerre et jugé. Les peines les plus sévères,y compris la mort, devraient lui être appliquées. Le président dela République renonce, dans la plupart des cas, à user de son droitde grâce. Vous en recevrez notification. Nous entendons, puisqu’onnous a déclaré la guerre, la faire révolutionnairement comme en1793.
A vous,
Messimy.
(1) Le général Pau avait songé à prendre comme chef d’état-major le général Roget. Mais celui-ci avait soixante-huit ans, il