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MÉMOIRES DU AIARÉCIIAL JOFFRE
toute la région du Nord défendue seulement par les divi-sions territoriales de d’Amade. Il était grand temps detendre les inondations, et de replier les dépôts voisins dela frontière. Vers 15 h. 30, je me mis par téléphone d’accordavec le ministre à ce sujet.
Quant à Lille , je pensais que cette grande ville allaitpouvoir offrir quelque résistance à l’ennemi, puisque, ons’en souvient, j’en avais autorisé la mise en état de défense.Mon espoir devait être de courte durée, car vers 17 heures,le général d’Amade téléphonait au grand quartier généralqu’il avait reçu directement du ministre l’ordre de ne pasdéfendre Lille ! Je fus surpris de cette décision entièrementdifférente de ce qui avait été convenu le 23. Vers 23 heures,M. Messimy nous confirmait cette décision du gouvernementprise sur la demande de l’élément civil de Lille .
Du reste du front, les nouvelles m’arrivaient moins mau-vaises. La 5 e armée n’avait éprouvé aucune difficulté àoccuper la ligne Marienbourg, Solre-le-Château, Maubeuge. L’ennemi ne l’avait pas poursuivie. Les comptes-rendusdes 3 e et 4 e armées me redonnaient de l’espoir. La 2 e arméeavait vu défiler au moins deux corps d’armée se dirigeantvers Clayeures et Gerbéviller ; le 20° corps et la 70 e divisionde réserve les avaient contre-attaqués. Les premières nou-velles de cette opération étaient favorables (1).
Ainsi, à la fin de cette journée, tout le danger se trouvaitconcentré en face de l’armée anglaise ; il paraissait d’autantplus menaçant que, pour la première fois, le renseignementnous parvenait que les corps d’armée de la II e armée alle-mande étaient probablement suivis de formations de réserveportant les mêmes numéros que les corps actifs : premierindice de la présence d’unités de réserve employées dans lesopérations actives. Ce renseignement nous donnait l’expli-cation de l’extraordinaire développement du front ennemi.
Au milieu des heures sombres que nous vivions, ma pensées’en allait fréquemment vers nos alliés russes : je comptaisque leur action devait bientôt desserrer la pression que
(1) Compte-rendu téléphoné à 19 h. 40.