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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

Ensuite, quelle manœuvre envisager? Durant toutecette longue et sombre journée du 25, jétudiai avec mescollaborateurs les diverses possibilités qui pouvaient êtreréalisées. Berthelot estimait que la manœuvre commencéeen Luxembourg belge pouvait être reprise sur un autreterrain ; il prévoyait que larmée anglaise, soumise à lac-tion débordante de la droite allemande, ne manqueraitpas de se replier promptement, accentuant le danger dedébordement que courait la gauche de notre 5 e arméeIl prétendait quil serait alors opportun de tirer parti decette situation en prononçant une offensive sur laileintérieure de la droite allemande opposée aux Anglais. Ilfaisait valoir que cette solution serait la plus prompte àmettre à exécution, et susceptible de donner les plus grandsrésultats en séparant la droite allemande du corps prin-cipal de la bataille.

La solution proposée par le général Berthelot ne mesatisfit pas. Pour pouvoir lenvisager, il aurait fallu êtreassuré que la 5 e armée tiendrait assez longtemps pouipermettre le rassemblement derrière son front de la massechargée de disloquer le front ennemi ; en outre, si faute detemps, ou pour toute autre raison, cette manœuvre venaità échouer, nous courrions le risque de voir sans espoirnos armées enveloppées par lennemi et obligées à livrerune funeste bataille à fronts renversés.

Malgré les objections qui lui étaient faites, Berthelotmaintenait son point de vue. Toutes mes préférencesallaient vers une solution toute différente : la constitutionsur laile extérieure allemande dune masse susceptibledenvelopper à son tour cette aile marchante.

Après avoir pesé consciencieusement les avantages et leschances de succès des deux conceptions, je me décidai,dans la soirée du 25, pour la deuxième solution, et je fisrédiger à mon cabinet, par le commandant Gamelin, lordrequi est devenu lInstruction générale n°2. Je lasignaiet len-voyai au général Berthelot, en le priant den assurerlexécution. Je dois dire que, très loyalement, en présencede la décision que je venais de prendre, Berthelot, oubliant