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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
trois corps actifs au minimum devra être dirigée sur lecamp retranché de Paris pour en assurer la garde. Il serarendu compte de la réception de cet ordre. »
La lecture de ce télégramme me produisit une vivesurprise. En effet, j’y voyais poindre la menace d’uneintervention gouvernementale dans la conduite des opé-rations, intervention qui risquerait, si les éventualitésenvisagées se réalisaient, de gêner considérablement maliberté de manoeuvre au moment où elle me paraissaitplus nécessaire que jamais.
En outre, l’idée d’enfermer trois corps d’armée actifsdans le camp retranché de Paris , en un temps où nousavions besoin de toutes nos ressources en rase campagne,me semblait grosse de dangers. On remarquera, d’autrepart, qu’il n’y avait aucun lien entre le fait de constituerune armée de manœuvre dans la région d’Amiens , ce quiétait ma pensée, et celui d’envoyer trois corps d’arméeactifs garder le camp retranché de Paris , ce qui représen-tait la décision même du ministre.
Heureusement, l’ordre du ministre portait en lui-mêmeun correctif, en ce sens qu’il n’était pas d’exécution impé-rative, puisqu’il commençait par ces mots : « Si la victoirene couronne pas le succès de nos armées, et si les arméessont réduites à la retraite... » Or, comme je viens de ledire, j’étais en train d’organiser une manœuvre qui, dansmon esprit, devait aboutir à une bataille sur un frontjalonné par Amiens, Laon , les hauteurs du nord del’Aisne et Reims .
Les termes mêmes de cet ordre paraissaient donc m’au-toriser à attendre que cette bataille ait été livrée pourexécuter les instructions du ministre.
Je me considérais donc comme en droit de surseoirprovisoirement à l’exécution de ces instructions, meréservant la possibilité d’agir en temps utile, suivant lescirconstances.
D’ailleurs si inquiétante que fût la situation, elle ne meparaissait pas encore si grave qu’on fût obligé d’envisagerimmédiatement la défense de la capitale, et, en tout