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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
26 août. — Le 26 août, je partis d’assez bon matin pourSaint-Quentin accompagné de Berthelot et de mon offi-cier d’ordonnance, le capitaine Muller.
J’attachais une grande importance à l’entrevue quej’allais avoir avec le commandant de l’armée anglaise, lapremière depuis qu’il était venu me voir à Vitry au momentde sa prise de commandement. Il s’agissait de m’entendreavec lui sur l’exécution du nouveau plan d’opérationsconcernant la bataille Verdun-Laon-Amiens que j’avaisdécidée. Je savais, d’ailleurs, à quelles difficultés j’allaisme heurter ; je pouvais craindre, en effet, que le maréchalne fût pas entièrement libre de ses décisions, car je savaisque Iiitchener était fréquemment tenté d’intervenir dansla direction des opérations de l’armée anglaise.
D’autre part, je savais qu’il existait déjà quelquestiraillements entre le maréchal et le commandant de la5 e armée.
J’arrivai à Saint-Quentin vers 10 heures et demie.D’Amade était déjà arrivé. Il me mettait au courant de lasituation difficile de son groupement lorsque Lanrezac
sition la 3 e division d’Algérie en voie de mobilisation à Perpignan -Carcassonne . Si besoin est, elle pourrait en quarante-huit heures êtretransportée à Chantilly ou Beauvais . Le débordement par la gaucheest un fait dont il ne faut pas s’exagérer l’importance stratégique,mais il agit sur l’opinion dans des proportions que vous ne pouvezpas imaginer.
« L’inaction de Sordet m’apparaît comme de plus en plus cou-pable : je considère qu’il a gravement manqué à son devoir. Aureste, je ne récrimine pas ; je vous prie de croire à mon entière con-fiance.
« 6° Pour finir, je vous prie personnellement et de la façon la pluspressante d’autoriser le payeur Caillaux, accompagné du caporalCeccaldi, à rejoindre l’état-major de Sarrail qui les accepte tousdeux dans son état-major, je le sais.
« Ni vous ni moi n’avons d’intérêt à nous créer des difficultés poli-tiques ; je vous demande de la façon la plus formelle d’autorisercette affectation. La paix revenue, ou même plus tôt, nous pourrionsvous et moi nous créer de réels ennemis si elle ne se faisait pas.
« Ma très cordiale amitié.
« Messimy. »