PRÉPARATION DE LA'BATAILLE DE LA MARNE 317
arriva à son tour ; il avait reçu mes instructions de la veilleau soir relativement à la bataille Amiens -Reims-Verdun.Il me dit qu’il comprenait très bien mes intentions, n’éle-vant d’objections qu’en ce qui concernait la limite deszones attribuées à son armée et à l’armée anglaise ; il fitressortir que nos alliés, mal préparés à manœuvrer dansun ensemble, semblaient tenir peu de compte des direc-tives destinées à coordonner les actions d’armées voisines.Comme j’insistais sur la nécessité pour son armée d’ob-server une attitude de contre-attaques constantes afin degagner le temps nécessaire à la constitution de la masseextrême gauche, il m’assura qu’il comptait reprendrel’offensive dès que ses corps d’armée seraient dégagésdu terrain couvert de la région d’Avesnes où son artilleriene pouvait rien, et que d’ailleurs l’état favorable de sestroupes l’autorisait à envisager cette attitude.
Sur ces entrefaites, French entra, accompagné du généralMurray, son chef d’état-major. Je m’attendais à retrouverl’homme calme dont j’avais fait connaissance quelquesjours auparavant. A ma grande surprise, le commandanten chef anglais m’exposa sur un ton assez vif que sonarmée était violemment attaquée, que la veille au soir, lecorps du général Haig avait été obligé de se replier surGuise et le corps de cavalerie sur Bohain , c’est-à-dire enpleine zone attribuée à la 5 e armée française, que son2° corps et la 4 e division du général Snow marchaient sousla pression de l’ennemi vers le Catelet ; il m’exposa quedepuis l’ouverture des hostilités, ses troupes avaient étésoumises à de telles épreuves qu’il ne pouvait envisagerpour le moment une reprise d’offensive et qu’il considéraitla situation comme fort délicate. A plusieurs reprises,il éleva des réclamations contre la manière dont s’étaitcomportée la 5 S armée, sa voisine, qu’il accusait d’avoirrompu le combat en le laissant complètement isolé.
Je répondis au maréchal French que toutes les troupesalliées avaient été également soumises au vigoureux effortennemi et qu’il ne fallait pas croire que l’armée anglaiseeût le seul privilège des dures conditions de la guerre.