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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
J’attirai également l’attention du maréchal sur l’intérêtque je voyais à ce qu’il conformât sa manœuvre aux ins-tructions générales que j’avais données à nos armées, eten particulier, à ce qu’il s’efforçât de respecter les zonesde marche réservées à chaque armée, afin d’éviter ledésordre. Je lui indiquai que, la première manœuvre conçueayant échoué, je lui demandais instamment de mettretout en œuvre pour permettre l’exécution de la nouvellebataille envisagée. A son étonnement, je compris qu’iln’était pas au courant de mes intentions et je lui demandais’il avait reçu la copie de mon instruction du 25 août queje lui avais envoyée. Il n’en avait pas encore connaissance :elle était restée entre les mains du général Murray. J’ex-posai alors la conception de la nouvelle manœuvre queje me proposais d’exécuter, en indiquant en détail lerôle que l’armée anglaise aurait à y jouer. French élevaimmédiatement des objections ; malgré mon insistance, j’eusl’impression de ne pas le convaincre : il songeait surtoutà se replier sur Saint-Quentin . Je lui promis de donnerdes ordres à Sordet, pour que non seulement il couvre lagauche anglaise, mais encore pour qu’il intervienne dansla bataille avec la plus grande énergie et avec toutes sesforces. En outre, sur la demande même du maréchal, jedonnai immédiatement l’ordre à d’Amade de pousser sesdeux divisions fraîches de réserve sur Bray, afin d’étayerl’armée britannique. Par contre, je demandai au maréchalFrench s’il espérait recevoir bientôt des renforts d’An-gleterre , et tout spécialement la 6 e division d’infanterie,car il y avait nécessité de faire état, dans la situationactuelle, de toutes les ressources alliées (1). French me fitconnaître que le secrétaire d’État à la Guerre envisageaitl’envoi de cette division en Belgique, en appui de l’arméebelge. Je représentai au maréchal combien une telle so-lution serait dangereuse; je lui dis ma conviction que la
(1) Dans sa lettre à laquelle j’ai déjà fait allusion plus haut-, legénéral de la Panouse me faisait connaître que Kitchener hésitaitbeaucoup à envoyer une division sur le continent.