décision ne pourrait s’obtenir que sur le front français,et que tous les efforts que l’Angleterre pourrait fournirdevaient être accumulés sans délai vers la gauche de notreligne de bataille. Sur ce point, j’eus l’impression d’êtreen communauté de pensée avec mon interlocuteur.
Lorsque, au début de l’après-midi, je quittai le quartiergénéral britannique, j’emportais l’impression de la fra-gilité de notre extrême gauche, et je me demandais avecinquiétude si elle tiendrait assez longtemps pour me per-mettre de réaliser le nouveau groupement de nos forces.D’autre part, j’étais impressionné par la mésintelligence queje sentais naître entre la maréchal French et le comman-dant de la 5 e armée : deux tempéraments, deux mentalitéssi essentiellement différents qui, au rude contact des diffi-cultés de la bataille, paraissaient ne pas pouvoir s’accorder.
Je rentrai à mon quartier général dans la soirée. Lesrenseignements que j’y trouvai sur l’ensemble du frontn’étaient guère réconfortants. De la 4 e armée, le colonelPaquette avait rapporté une impression pessimiste : le17° corps particulièrement paraissait effondré ; les autrescorps avaient subi de lourdes pertes dans les combatssoutenus dans la zone boisée où ils avaient été engagés.La 4° armée se repliait maintenant sur la rive gauchede la Meuse, en faisant sauter tous les ponts. La 3 e arméetenait encore difficilement sur la rive droite. Mais, departout, arrivait l’écho de défaillances qui me faisaientredouter l’effondrement du moral des troupes : le décou-ragement commençait à se faire sentir dans toutes lessphères de l’armée et même au grand quartier général.
L’attitude des Anglais me causait également de gravessoucis ; nous avions intercepté dans la journée deux radiosallemands qui indiquaient que le groupement de droitedes forces allemandes avait dû marcher dans la journéesur le front Cambrai -Le Cateau ; à 9 h. 10, les élémentsde tête de ce groupement avaient dû attaquer sur toutle front. Je n’étais pas sans inquiétude sur la manièredont nos alliés auraient supporté cette poussée allemande,au cours de cette journée particulièrement critique; de