320
MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
leur résistance allait dépendre en grande partie la possi-bilité de réaliser notre nouvelle manœuvre. Or, je reçus,tard dans la nuit, un télégramme très pessimiste du co-lonel Huguet, daté de Noyon , me donnant les plus mau-vaises nouvelles sur les résultats de la journée : « Batailleperdue, me disait-il, par l’armée britannique, qui semblebien avoir perdu toute cohésion ; elle demandera, pour êtrereconstituée, d’être sérieusement protégée ; le quartier gé-néral anglais sera, ce soir, à Noyon . »
Sous peine de redouter les plus graves événements,il était nécessaire, en présence de cette situation, d’or-ganiser à la gauche un commandement solide, doté detous les organes lui permettant de faire sentir son action.Je songeai alors au général Maunoury, qui me paraissaitle plus apte à prendre ce lourd commandement dans cescirconstances difficiles. C’est ainsi qu’après avoir décidéla dissolution de l’armée de Lorraine, j’organisai, dansla première partie de cette nuit, la 6 e armée que je plaçaiaux ordres du général Maunoury disposant de l’état-majorde l’armée de Lorraine. Il prendrait le commandement detoutes les forces transportées à l’ouest du dispositif généraldes armées françaises et anglaises, c’est-à-dire du 7 e corps,des 61 e , 62 e et 63 e divisions de réserve, des 55 e et 56 e divi-sions de réserve, le général d’Amade conservant la direc-tion des quatre divisions territoriales. Quant aux quatredivisions de réserve restantes de l’armée de Lorraine, je lespassai, aux ordres du général Paul Durand, à la 3 e armée.Je fis inviter le général Maunoury à passer le plus tôt pos-sible au grand quartier général pour y prendre mes ordres.
En même temps, je jugeai nécessaire de dissoudre l’arméed’Alsace . Les forces restantes de cette armée, sur laquelleje venais de prélever une partie des éléments destinésà la 6 e , furent réparties en deux groupements subordonnésau général Dubail.
C’est au milieu des graves événements de cette nuitque j’appris par le capitaine Tardieu qu’une crise minis-térielle venait de se produire, que le ministre Messimyétait démissionnaire et allait être remplacé par M. Mille-