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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
suffisant pour protéger le repli anglais , et permettre auxforces du maréchal de se ressaisir. Dans ces conditions,la solution qui me semblait devoir être la plus profitableconsistait à faire exécuter par la 5 e armée, à hauteur deGuise et de Vervins, une vigoureuse attaque sur les forcesennemies, du sud au nord, en portant la densité de sesforces à son aile gauche.
Le 27 août au matin, vers 6 heures, j’appris que la5 e armée avait poursuivi sa marche en retraite, et quel’intention de son chef était d’aller s’établir derrière l’Oise et le Thon. Cette attitude n’était nullement conforme àcelle que je comptais voir adopter par le général Lanrezac : la veille à Saint-Quentin, il m’avait exprimé son intention,dès qu’il serait sorti de la zone boisée où l’emploi de sonartillerie était difficile, de bousculer par une contre-offen-sive vigoureuse les troupes allemandes qui le suivaient.Rien n’était plus conforme à mes intentions qui étaient,je le répète, de gagner le temps nécessaire à la réunion dela 6 e armée. En outre, la situation de l’armée anglaiseexigeait que nous retenions par une attitude agressivele plus grand nombre possible de corps allemands. D’ail-leurs, le général Lanrezac m’avait assuré que l’état deses troupes et leur moral étaient excellents. Or, la régiondans laquelle arrivait la 5 e armée semblait tout particu-lièrement favorable à une opération de cette nature. J’in-vitai donc le général Lanrezac à profiter de ces circons-tances, en lui représentant qu’il n’y avait nullement lieude tenir compte de ce que faisaient les Britanniques àsa gauche, et que s’il n’agissait point comme je le luidisais, il diminuerait le moral de son armée par la conti-nuité d’une retraite qui prendrait figure de défaite etqui risquerait de compromettre le résultat de la cam-pagne (1). En même temps, pour donner quelque apai-sement au colonel Huguet qui m’avait dépeint sous un
(1) Message téléphoné le 27 août à 6 h. 30 par le lieutenant-colonel Alexandre du G. Q. G. au commandant Schneider de l’état-major de la 5 e armée.