324
MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
deux divisions de réserve à Bertincourt et Bapaume , toutle corps de cavalerie Sordet en avant, et que de nouvellesforces débarquaient dans la région de Chaulnes. Il étaitnécessaire de marquer un temps d’arrêt pour permettreà la contre-attaque de la 5° armée de se produire ; cettecontre-attaque ne manquerait pas de soulager la pressionqui s’exerçait contre les Anglais .
Sur ces entrefaites, je reçus la visite du général Mau-noury convoqué au grand quartier général pour y prendreles instructions relatives à l’armée dont il allait prendrele commandement dans la région d’Amiens . Je lui pres-crivis de disposer ses forces de façon à pouvoir, lorsqu’ellesseraient réunies, agir offensivement sur l’aile droite enne-mie, couvrant ainsi le flanc gauche de l’armée anglaiseque j’espérais voir s’arrêter sur le front Ham-Tergnier ;je lui indiquai, en outre, qu’ultérieurement, la reprisede l’offensive commencerait par la 6 e armée, afin d’amorcerl’enveloppement de l’aile droite ennemie (1). Il fut entenduque le quartier général de la 6 e armée serait initialementfixé à Moreuil.
A peine Maunoury m’avait-il quitté, emportant mesinstructions, que de graves nouvelles vinrent me fairecraindre que tout ce que j’avais conçu et préparé pour labataille Amiens-Laon-Reims, était près de s’effondrer. Vers18 heures, Huguet me rendait compte de l’arrivée d’unedivision de cavalerie allemande à Péronne ( 2) et qualifiaitla situation « d’extrêmement grave » ; on pouvait craindreque la retraite de l’armée ne se transforme en déroute.De son côté, le lieutenant-colonel Brécard rentrait versle même moment de Noyon et m’apportait des nouvellesassez pessimistes ; la veille, quatre corps d’armée allemandsavaient livré bataille à nos alliés, et dans la soirée, vers18 heures, ceux-ci avaient subi une coûteuse défaite :deux divisions sur cinq étaient presque anéanties, et les
(1) Instruction particulière n° 19 remise au général Maunourydans l’après-midi du 27, lors de son passage au G. Q. G.
(2) Ce renseignement fut reconnu erroné dans la suite.