PRÉPARATION DE LA BATAILLE DE LA MARNE 329
card, j’ai fait connaître au général Sordet que sa mission con-siste à assurer ce service jusqu’à ce que l’armée anglaise soit encomplète sécurité derrière la Somme, puis à se maintenir dansla région do Saint-Quentin jusqu’à ce qu’il ait reçu vos instruc-tions.
Il n’est pas encore possible de préciser, pour le moment, oùet dans quelles conditions s’exécutera la reconstitution de cettearmée ; mais, il se pourrait que le gouvernement anglais exigeâtqu’elle soit tout entière reportée sur sa base du Havre, jusqu’aumoment où, refaite, reposée et réorganisée, elle serait en étatde reprendre campagne. Il ne fait d’ailleurs aucun doute quecet arrêt ne sera que momentané ; la volonté reste tout aussiferme et encore plus inébranlable que par le passé, d’entrer ànouveau en action aussitôt qu’il sera possible.
Il n’y a donc plus à compter sur l’armée anglaise pour quelquetemps ; il est évident que, dans ces conditions, la tactique d’en-veloppement qui s’est réalisée depuis huit jours et a amené surl’aile gauche de notre ligne une masse suffisante pour l’accabler,va se poursuivre et s’exécuter dans des conditions d’autantplus faciles que notre ligne sera moins étendue. La gauche dugénéral Lanrezac , constituée par des divisions de réserve et le18 e corps d’armée, paraît donc devoir être dans quelques jourstrès sérieusement menacée, et le mouvement continuera ainsià s’étendre de la gauche à la droite.
Le seul moyen de faire face à une menace aussi certaine etaussi dangereuse semble être de constituer sur notre gaucheune nouvelle et très forte armée composée de tous les corpsactifs qu’il sera possible de reprendre sur le reste de notre ligne(au sacrifice même de la sécurité de certaines parties du terri-toire) pour reporter tout notre effort sur notre gauche. C’est làque la décision va se jouer dans un délai très rapproché. Le lieu-tenant-colonel Brécard a eu, ce matin, à ce sujet avec le généralWilson, un entretien des plus instructifs et des plus concluants,dont il vous aura déjà rendu compte lorsque vous recevrezcette lettre, et dont je crois de mon devoir de vous signalerle très grand intérêt qu’il présente.
Je ne dissimulai pas à M. Millerand la gravité de la si-tuation de notre aile gauche ; je lui dis que la manœuvreprojetée sur la ligne Amiens, La Fère, Laon, Craonne etl’Aisne allait se trouver compromise ; l’état de l’armée