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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
anglaise rendait incertaine la possibilité d’achever les dé-barquements de la 6 e armée. Notre devoir était d’envisageravec fermeté les conséquences les plus graves. En par-ticulier, il fallait faire connaître au gouvernement quedans quatre ou cinq jours peut-être, la cavalerie allemandese présenterait devant Paris. Il était urgent de préparerl’opinion à cette éventualité, et de faire comprendre àtous que, dans notre volonté de mener jusqu’au bout notredéfense, se trouvait l’assurance de la victoire finale. Notrebut devait consister à savoir tenir et résister le temps né-cessaire pour organiser une nouvelle manœuvre. Et si celle-ci venait à échouer encore, savoir en attendre une autre.
Nous étudiâmes alors, M. Millerand et moi, la situationgénérale et particulièrement celle des Russes. Les nou-velles qui nous parvenaient de ce front étaient favorables.L’offensive de nos alliés se poursuivait heureusement : uncorps allemand, enveloppé sur son flanc gauche par nosalliés, avait dû abandonner Osterode. On pouvait doncespérer, si les succès russes se poursuivaient, que l’ennemiserait obligé de ramener du front de France des troupesimportantes pour les opposer à nos alliés, et d’ici unequinzaine de jours, on devait s’attendre à voir la pressionsur notre front se ralentir. Nous ne devions pas oublierque les Allemands avaient mis tout leur espoir dans uneprompte destruction des armées françaises. Or, celles-cin’étaient pas défaites et elles étaient encore capables devigoureux efforts, qu’il faudrait savoir leur demanderquand l’occasion favorable se présenterait.
Nous en vînmes à parler de la situation de Paris. Je disau ministre la confiance que j’avais en Galliéni pour or-ganiser la défense de la capitale.
A ce propos, je mis M. Millerand au courant de l’ordreque M. Messimy m’avait envoyé deux jours auparavant,d’expédier trois corps d’armée actifs dans le camp retranchéde Paris pour prendre part à la défense de la capitale. Jelui exposai mon point de vue, qui était que celle-ci devaitêtre défendue en rase campagne, par les armées en opéra-tions ; toutes nos ressources en hommes devaient, sans