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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
En conséquence, je donnai au général Berthelot, quirestait au grand quartier général pendant mon absence,l’ordre de convoquer d’urgence le général Foch , com-mandant le 20 e corps d’armée, pour recevoir communica-tion de la mission que je voulais lui confier (1), et de pres-crire au général de Langle de commencer sans tarder lemouvement de repli que je lui avais ordonné par l’Instruc-tion du 25 août, lui enjoignant de se reporter en arrièrede l’Aisne
J’arrivai à Marie vers 8 h. 30. Dès que je vis Lanrezac, je fus frappé de son état physique : il portait sur son visagedes marques de fatigue ; teint jaune, yeux injectés. Toutde suite, avec des gestes qui traduisaient son état nerveux,il m’objecta aux ordres qu’il avait reçus la veille, la fatiguede ses troupes et la menace que l’ennemi allait faire pesersur lui dans la direction du nord. Je lui expliquai à nouveaula situation des Anglais qu’il ne pouvait ignorer, et luisignifiai qu’il était de toute nécessité, en raison des cir-constances, d’attaquer en direction de Saint-Quentin. Leton de la conversation s’étant élevé, je dus rappeler à Lan-rezac que les griefs du maréchal French vis-à-vis de l’arméefrançaise lui étaient surtout imputables : sur la Sambre,il s’était retiré au moment ou French lui avait fait con-naître qu’il attaquait, et l’avant-veille encore, il avait laisséécraser les Anglais sans leur porter secours.
A bout d’arguments, Lanrezac en vint à me dire qu’iln’avait pas reçu d’ordre écrit lui prescrivant d’attaquer ;je dis alors à Gamelin, qui m’avait accompagné, d’en rédigerun immédiatement : sur le coin d’une table, avec le généralHély d’Oissel, chef d’état-major de la 5 e armée, celui-cirédigea l’ordre suivant que je signai : « La 5° armée atta-quera le plus tôt possible les forces qui se sont engagéeshier contre les Anglais. Elle se couvrira à droite avec le
(1) En convoquant Foch au G. Q. G. je lui prescrivis d’ameneravec lui le colonel Weygand, que je voulais lui donner comme chefd’état-major. Weygand s’était fait remarquer peu avant la guerreau centre des hautes études militaires comme un officier hors depair.