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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

téléphone à Maunoury quelles étaient ses premières im-pressions, ainsi que ses intentions. Le commandant de la6 e armée me fit répondre quil comptait tenir la Somme,dès le soir même, dans la région de Péronne avec les 61° et62 e divisions de réserve (1), et entre Saint-Simon et Saint-Christ avec des éléments des 55 e et 56 e divisions de réserve,qui auraient achevé leurs débarquements le soir mêmeà minuit ; il pousserait ensuite le 7 e corps vers la Somme.

Ces conditions me paraissaient favorables, puisque, àla 5° armée, le 3 e corps et une division de réserve devaient,dans la même journée, venir border lOise en amont deMoy. Pour obtenir la continuité du front et assurer ainsi ledéveloppement de lattaque de la 5° armée vers Saint-Quentin, il suffisait que larmée anglaise consentît àarrêter ses arrière-gardes sur le canal Crozat, entre Saint-Simon et Tergnier. Je fis demander au maréchal Frenchsi son armée pourrait assurer ce rôle de liaison entre les5 e et 6 e armées et jenvoyai le colonel Brécard en missionauprès des Anglais , de larmée Maunoury et du corpsde cavalerie Sordet, pour les aider à lier leurs actions. Jepouvais donc, vers la fin de laprès-midi, espérer avoir enfinréalisé à notre gauche une situation défensive favorable,derrière le gros obstacle de la Somme, du canal Crozatet de lOise ; dans ces conditions, loffensive de la 5 e armée,lancée le lendemain sur Saint-Quentin , amènerait le répitnécessaire pour achever la constitution de la 6 e armée etlui permettre denvelopper à son tour la droite allemande.

Malheureusement, mon espoir fut de courte durée. Eneffet, vers 20 h. 30, je recevais du colonel Huguet le télé-gramme suivant : « Le maréchal regrette de ne pouvoir coo-pérer à laction générale dans la mesure désirée .par vous.Les troupes fatiguées exigent au moins un jour de reposdans les emplacements occupés ce soir. Après-demain,elles seront capables doccuper la ligne du canal Crozat,

(1) Les 61 e et 62 e divisions de réserve venaient de passer sousles ordres du général Ebener, précédemment chef détat-major delarmée auprès de M. Messimy.