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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Toutefois, l’exécution du plan conçu le 25 août visantà réaliser un front de bataille s’appuyant à la Somme età l’Aisne exigeait que la 4 e armée ne s’attardât pas surla Meuse, d’autant plus que la menace' signalée versRocroi pouvait menacer sa gauche d’un moment à l’autre.
Lorsque je rentrai au grand quartier général après lavisite à Lanrezac, j’appris que la 4° armée était engagéeà plein avec la pensée de rejeter les Allemands dans laMeuse ; le moral de cette armée était excellent, malgréles pertes qu’elle avait subies. Dans ces conditions, elletrouvait pénible de renoncer à ses avantages et de battreen retraite alors qu’elle se sentait victorieuse. Je ne sauraistrop souligner l’admirable tenue du général de Langle ;vers 17 heures, il me faisait savoir que sa situation étaitbonne surtout aux ailes, et qu’avant d’obéir, la mortdans l’âme à l’ordre de retraite que j’avais donné, iltenait à m’en avertir et attendait un nouvel ordre avantde rien faire. Je ne pouvais hésiter, et, tout en rendanthommage à une si énergique attitude, je dus, dans l’intérêtgénéral de la manœuvre, dire à de Langle que je l’autori-sais à rester encore sur la Meuse pour affirmer son succès,mais que, dès le lendemain matin, il devrait reconstituerses gros sur les hauteurs au sud-ouest de la rivière etreprendre ensuite le mouvement de repli prescrit par l’Ins-truction du 25, en liant son mouvement à celui des deuxarmées voisines.
D’ailleurs, si les efforts de la 4 e armée avaient eu d’heu-reux résultats, il était presque certain qu’elle avait presqueatteint la limite de ses forces, et il était à craindre comme,d’ailleurs, le général de Langle me le faisait savoir le soirmême, qu’elle ne puisse résister longtemps sur la lignede l’Aisne.
Cependant la menace provenant de forces ennemiesconcentrées dans la région de Rocroi ne s’était pas pré-cisée au cours de la journée. Si bien que le soir, vers19 heures, lorsque le général Foch se présenta au grandquartier général, le problème avait changé d’aspect. La4 e armée, qui avait été très puissamment constituée en vue