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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
été obligées de reculer et la zone de débarquement de la6 e armée était de plus en plus compromise. Il semblaitque rien ne pourrait plus s’opposer à la marche victorieusede l’aile droite allemande en direction de Paris, que selontoute vraisemblance, elle prendrait comme objectif. Dansces conditions, il deviendrait impossible de réaliser l’offen-sive que j’avais assignée à la 6 e armée si, comme les ren-seignements me le laissaient croire, elle était surprise enflagrant délit de débarquement ; il faudrait reporter enarrière le nouveau front de bataille, peut-être jusqu’à lagrande coupure de la Seine : à gauche, la 6° armée vers laBasse-Seine avec les'Anglais, dont les yeux étaient tournésvers Rouen, la 5 e armée dans la région de Paris , la 4 e arméedans la région de la Seine moyenne et la 3° armée entre laSeine et la Meuse . C’est dans cette idée que je prévins legénéral d’Amade que si, après avoir défendu la Sommeet fait sauter les ponts de cette rivière, il était contraintà la retraite, il devrait prendre sa ligne de retraite versRouen (1). C’est également dans cette pensée que je fisprévenir le ministre de la Guerre que la garnison du campretranché de Paris serait complétée, le cas échéant, parune partie de l’armée Lanrezac (2). D’ailleurs, pour donnerau camp retranché de Paris , le moyen de pousser la miseen état de ses défenses, je prescrivis que la 45 e divisionvenant d’Algérie serait dirigée sur la région de Paris .
S’il était de mon devoir de prévoir cette hypothèse,j’espérais encore que l’offensive de la 5° armée sur la rivedroite de l’Oise rétablirait la situation. C’est dire toutel’importance que j’attachais à cette opération.
Or, l’état d’esprit dans lequel j’avais trouvé, la veille,le général Lanrezac , me faisait craindre que le commandantde la 5° armée ne fût pas à hauteur de la tâche capitalequ’il allait avoir à remplir. J’avais déjà décidé, on s’ensouvient, de me rendre à son quartier général et d’assister
(1) Télégramme n° 2666, du 29 août 1914, au général d’Amade.
(2) Compte-rendu n° 2671 de situation du 29 août 1914, 8 h. 20,au ministre de la Guerre.