PRÉPARATION DE IA BATAILLE DE LA MARNE 339
à l’opération. J’étais même résolu, si N la chose me parais-sait nécessaire, à remplacer le général Lanrezac dans soncommandement, malgré tous les inconvénients que ce chan-gement pouvait présenter en pleine bataille. Ce qui conve-nait à l’heure présente, c’était un homme d’énergie et devolonté. Je songeais au général Franchet d’Esperey, dontle commandement à la tête du 1 er corps d’armée, avaitaffirmé précisément les qualités de caractère. C’est dansces dispositions d’esprit, qu’ayant quitté le grand quartiergénéral vers 7 h. 30, j’arrivai, vers 9 heures à Laon, où la5° armée avait transporté son quartier général.
J’eus la satisfaction de trouver le général Lanrezac infiniment plus calme que la veille et surtout plus maîtrede lui : j’assistai pendant toute la matinée, dans sonbureau, à la dictée de ses ordres, et j’eus l’impressionqu’il dirigeait sa bataille avec autorité et méthode.Malheureusement, les premiers renseignements n’étaientpas très favorables. Au lieu d’une bataille face au nord-ouest, on était engagé dans une action face au nord contreles forces débouchant de la forêt de Nouvion où notreaviation n’avait pu les découvrir. Sur le front de l’Oise,nos troupes étaient presque partout arrêtées, lorsque jequittai Lanrezac pour déjeuner au buffet de la gare deLaon. C’est là que le lieutenant-colonel Brécard, de pas-sage à Laon, vint me rendre compte de ce qu’il avaitappris le matin même à Montdidier, au grand quartierde Maunoury et auprès du corps de cavalerie Sorde-t.
Maunoury, dont le calme avait impressionné Brécard,se trouvait dans une situation très délicate : la 65° divi-sion n’avait que cinq bataillons et deux groupes d’artil-lerie débarqués ; la 56 e division n’avait encore aucun élé-ment arrivé dans la zone de concentration de l’armée ;la 63° division de réserve ne faisait que commencer dedébarquer ; la 61 e n’était pas ralliée ; quant à la 62 e , onignorait encore où elle était. Dans ces conditions, le généralMaunoury redoutait une attaque de l’ennemi à laquelleil ne pourrait opposer que le 7 e corps d’armée.
Le lieutenant-colonel Brécard avait ensuite visité le