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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
corps de cavalerie ; il l’avait trouvé très fatigué : les élé-ments à cheval ne constituaient plus guère que la valeurd’une seule division; quant aux bataillons de chasseursdu lieutenant-colonel Serret qui lui étaient adjoints, ilsavaient éprouvé la veille à Péronne un très grave échec ;il n’en restait plus que des éléments épars. Heureusement,l’attaque allemande sur la ligne de la Somme ne se mon-trait pas très mordante.
Avant de quitter Laon , je retournai au quartier généralde Lanrezac . J’y appris que la situation ne semblait pass’améliorer, et il était à craindre que, par suite de l’attaquequ’elle subissait dans la région de Guise , la 5 e armée nepuisse faire sentir son action du côté de Saint-Quentin, comme je le souhaitais.
En quittant Lanrezac, je me rendis par Soissons auchâteau de Compiègne où French avait transporté sonquartier général. J’avais le désir de rencontrer à nouveaule commandant en chef de l’armée britannique. Le bruitm’était revenu que lui-même et son gouvernement tour-naient leurs regards vers leurs bases maritimes, et jeredoutais que, dans son désir de s’en rapprocher, le maré-chal ne quittât pour longtemps notre ligne de bataille,ce qui aurait rendu toute reprise d’offensive impossible.J’exposai donc à French la situation générale de notreaile gauche, et plus particulièrement celle de la gauchede la 5 e armée où les divisions de réserve du général Vala-brègue se trouvaient dans une position difficile. Je luireprésentai l’intérêt qu’il y avait à ce que l’armée anglaisemaintînt le contact avec ces deux voisines, afin d’éviterl’ouverture d’une brèche dans la ligne de bataille alliéeJ’insistai sur les résultats que n’allait pas manquer deproduire l’offensive russe, en obligeant les Allemands àretirer de notre front une partie des forces qu’ils y avaientengagées. Dans ces conditions, ajoutais-je, la pressionennemie n’allait pas tarder à devenir moins forte sur notrefront. Si donc, les Anglais pouvaient se maintenir à notrehauteur jusqu’au moment où la 6° armée serait définitive-ment constituée, nul doute que les circonstances ne